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Le théorème du mammouth

par Arthur Toce
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Cet animal disparu il y a quelques milliers d’années a des points communs avec les entreprises les plus innovantes de la planète. Pas celui d’être condamné à disparaître, mais plutôt le fait d’avoir accumulé une certaine couche de graisse pendant les périodes fastes… un surplus qui se révèle bien utile pendant les crises…

La tech, ce mammouth inarrêtable. Voilà qui aurait fait un beau titre pour la presse financière durant l’été 2021. En cette fin de printemps, on risque plutôt de lire que le mammouth est une espèce en voie d’extinction.

Et, pour ma part, je choisis cette métaphore parce que le mammouth est un éléphant à fourrure, bien gras, très gras, trop gras ! Mais il est des périodes où ce gras est bien utile : il permet de passer l’hiver !

Le gras des géants de la tech leur permettra de tenir sans manger très longtemps. Je pense que cette crise rendra même nos mammouths plus forts, plus rentables et plus prospères.

Voici mon théorème du mammouth !

Le bon et le mauvais gras

Qui n’a pas vu passer un start-upper sur BFM business qui annonçait recruter 10, 20 voire 30 développeurs alors qu’il n’avait qu’un concept ? Les géants de la tech ne sont pas si différents. Chez eux aussi, on recrute à tour de bras.

Ce n’est pas forcément qu’on a besoin de personnel, mais c’est pour limiter les mouvements de l’autre.

Exemple : en 2021, Apple offrait 120 000 $ de bonus à certains développeurs pour rester et signer des clauses limitant leur départ vers l’ogre Facebook.

Regardez ce graphe des mouvements entre les géants. Il date de 2011 et Facebook avait siphonné les talents chez les autres géants de la tech : 11 contre 1 chez Apple, 30,5 contre 1 chez Microsoft, 15,5 contre 1 chez Google… Un vrai hold-up !

Facebook Google Apple talents

Le coup de poignard d’Apple à Facebook l’an dernier quand il a limité l’accès à ses données utilisateurs vient d’ailleurs peut-être de là. Une sorte de vengeance servie glacée à l’entreprise de Zuckerberg.

Quand le gras monte à la tête

Et puis, quand on croule sous les dollars, quand on vous offre 100 millions voire 200 millions, qu’en faire ? Acquérir des clients, embaucher des employés, agrandir ses locaux ?

C’est à chaque fois la même chose : une frénésie de dépenses et de l’argent dilapidé… et c’est là que le théorème du mammouth entre en jeu.

Il se passe à chaque fois la même chose : on rentre dans une frénésie de dépenses. Les dirigeant sont des humains comme les autres et ceux qui gagnent à la loterie ont une fâcheuse tendance à dilapider leur fortune. Pour que cela n’arrive pas, il faut qu’ils soient accompagnés.

Ce travail revient souvent aux investisseurs, sauf qu’il est plus ou moins impossible de faire entendre raison à un jeune entrepreneur de 22 ans qui a levé 100M$ et se pense invincible. Au final, patron de start-up à succès ou footballeur, même problème. Combien de Hatem Ben Arfa pour un Kylian Mbappé ?

Du coup, nos startups soi-disant inarrêtables recrutent de tout jusqu’à l’absurde, comme le « Chief Happiness Officer »… Comme si le fait d’être heureux au travail pouvait se décréter !

Dans cette quête effrénée, le moindre projet doit voir le jour, le moindre besoin doit être comblé. Encore plus quand les investisseurs sont dans une course à la part de marché et ont fixé pour objectif à leur startup de devenir un des leaders de son secteur. Quand on sait qu’il n’en reste à la fin que deux ou trois, la pression est absolue.

Payer 120 000 $ pour faire des powerpoints, vous trouvez ça cher payé ? Pourtant, avant la crise du Covid-19, on trouvait ce genre de postes chez AirBnB.

L’avantage de la crise, c’est qu’elle oblige à se recentrer sur son métier, sur ses fonctions de base. Finie la nécessité de faire des slides ou de payer des ingénieurs pour développer une fonctionnalité superflue de nouvelle génération.

C’est là que rentre en jeu le théorème du mammouth.

Ces géants qui ont sur-recruté ont un énorme avantage pendant la crise : ils peuvent dégraisser sans risque tout en conservant une structure à même de répondre à la demande de son marché.

C’est ce qui s’est passé chez AirBnB.

AirBnB licencie un quart de son effectif et son CA explose

Au début de la pandémie, AirBnB a licencié 25% de ses effectifs, soit 1 900 personnes ! Et, aujourd’hui encore, la société compte 6 300 employés, soit toujours 1 300 de moins qu’avant la crise.

Pourtant, l’entreprise n’a aucun problème à fonctionner. Ses revenus sont même en très belle augmentation, alors même que le marché du tourisme n’est pas revenu à ses niveaux de 2019.

chiffres d'affaire

Evolution du CA trimestrielle d’AirBnB. Source : Tikr.com.

 La crise a forcé AirBnB à revoir tous ses budgets, rendant l’entreprise rentable. Les coûts de marketing et de ventes sont passés de 34% en 2017 à 20% en 2021 ! C’est l’exemple typique du « mammouth ».

La crise a obligé AirBnB à tailler dans ses dépenses, à devenir plus efficace. Puis, quand la reprise est arrivée, cette efficacité nouvelle l’a favorisé. Si AirBnB avait été efficace dès 2019, il n’y aurait pas eu de gras à aller couper, ce qui aurait compliquer la traversée de la crise.

Son mauvais gras a permis à AirBnB d’optimiser une métrique qui doit être clé dans vos sélections d’investissement : le chiffre d’affaires par employé. Plus il est élevé, plus l’entreprise est haut-de-gamme et plus elle aura tendance à créer du bon gras à long terme.

revenu par employé Apple

Le revenu par employé d’Apple est 2,45 M$… Et même le petit Zscaler (ZS) arrive à 220 00 $. C’est tout l’avantage des entreprises basées sur la tech sur d’autres secteurs.

La saison de la chasse au gras est ouverte (Mon médecin serait heureux) !

Quasiment toutes les boîtes technologiques, de la startup aux mastodontes comme Microsoft ou Alphabet, sont sous-optimisées, remplies de gras. La capacité à faire tourner les applications de ces entreprises avec bien moins de personnel laisse de grandes marges de manœuvre.

Au contraire, la chaîne de supermarchés Walmart ne peut pas virer trop d’employés, au risque de ne plus pouvoir remplir les rayons. Même chose chez Nike ou MacDo.

En ce moment, que ce soit des startups ou bien Facebook et Twitter qui annoncent mettre en pause leurs recrutements, c’est le signe que la Tech fourbit ses armes et se recentre.

La fête à coup de recrutement permanent semble finie. Ce sera bénéfique pour le chiffre d’affaires par employé et, au final, pour les bénéfices des entreprises.

Licenciements startups tech

La période signe le retour des licenciements dans les startups. Nous nous dirigeons vers le même genre de pic qu’au début de la pandémie. Source : layoffs.fyi

La situation a bien changé depuis 2011. Le nombre de nouveaux ingénieurs informatiques qui arrivent sur le marché chaque année a été multiplié par 5. Sans compter que de plus en plus de jeunes se forment seuls ou dans des formations alternatives.

La diminution de la concurrence pour les talents sera déflationniste pour les salaires des métiers de la tech à moyen terme.

Alors, bien sûr, les startups vivant à crédit et ayant la capacité d’avaler le cash de leurs gigantesques levées de fonds en 6 mois seront dans le dur.

Certaines iront même mourir, mais sur les ruines de ces sociétés, d’autre sortiront plus fortes.

Comme dans le secteur du voyage, où AirBnB et Booking ressortent en grandes gagnantes de la crise, alors que le titan Accor ne s’est pas encore totalement remis.

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