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Thérapie cellulaire: les cellules souches bientôt à la demande ?

par Etienne Henri
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[Dans l’ombre médiatique de la recherche contre le COVID-19, les travaux sur les cellules souches n’en ont pas moins accompli d’impressionnants progrès ces derniers mois. Entre l’avènement des vaccins à ARN et l’arrivée de la thérapie cellulaire, la décennie 2020 s’annonce riche en traitements de nouvelle génération. La preuve avec TreeFrog Therapeutics, petite biotech française qui s’attaque à la maladie de Parkinson (entre autres maladies dégénératives). En route vers la jeunesse éternelle !]

Même si elles ont été éclipsées par la recherche contre le COVID-19, les thérapies cellulaires avancent. Les deux dernières percées en date le prouvent et nous laissent en droit d’espérer des traitements efficaces, de nouvelle génération, pour soigner bon nombre de maladies incurables actuellement.

Les thérapies cellulaires promettent de soigner bon nombre de maladies incurables

Commençons d’abord par la biotech française TreeFrog Therapeutics. Cette petite biotech a développé une manière bien à elle de cultiver les cellules souches. Une étape d’importance car cela pourrait bien lui déverrouiller la porte de la production industrielle. Sa technologie permet ni plus ni moins de les produire à la demande. Et ce, dans le cadre de thérapies personnalisées. Une belle avancée pour la médecine personnalisée.

De leur côté, Yuancheng Lu, Benedikt Brommer ainsi que leurs collègues ont réalisé une percée que l’on peut qualifier d’historique. Ils sont parvenus à redonner la vue à des souris aveugles. Oui, oui. Comment ont-ils pu opérer un tel miracle ? Eh bien pour faire simple, ils ont fait « rajeunir » des cellules nerveuses. Dans leur expérience, point de cellules souches cultivées en laboratoire. Non. Ils se sont concentrés sur un virus capable de reprogrammer in situ les tissus existants.

Aujourd’hui, je vous propose de nous intéresser à ces deux avancées, en matière de thérapie cellulaire. N’oubliez pas que c’est, pour l’heure, la méthode la plus prometteuse pour guérir les maladies dégénératives et soigner les nombreuses pathologies liées au vieillissement. En route vers la jeunesse éternelle !

En route vers la jeunesse éternelle

Les maladies dégénératives et le vieillissement de nos corps ont ceci en commun qu’il s’agit, dans les deux cas, d’un processus évolutif et épigénétique. Nous ne vieillissons pas parce que notre ADN, le « code source » de notre corps, est modifié mais bien parce que certains mécanismes cellulaires évoluent avec le temps.

Il y a plusieurs années, Shinya Yamanaka a prouvé qu’il était possible de reprogrammer des cellules adultes pour les renvoyer au stade quasi-embryonnaire. Tel un ovule à peine fécondé, elles peuvent ainsi devenir une fibre musculaire, une cellule hépatique, du derme… ou n’importe quelle partie de notre corps, avec pour particularité d’être aussi dynamiques que les cellules d’un nouveau-né.

Cette découverte valut au Japonais un prix Nobel, en 2012. Elle a ouvert la voie à une accélération sans précédent de la recherche sur les cellules souches, qui ne dépend plus d’un très contesté recours aux cellules embryonnaires issues d’accouchements ou d’IVG, mais uniquement de reprogrammation cellulaire. Reprogrammation de cellules humaines obtenues par simple prélèvement.

Depuis, les chercheurs découvrent sans cesse de nouveaux usages pour ces cellules pluripotentes.

Recouvrer la vue en régénérant les cellules nerveuses

L’étude de Yuancheng Lu et al, publiée dans le très sérieux journal Nature, confirme le potentiel de la thérapie cellulaire qu’imaginait Shinya Yamanaka lors de ses découvertes. L’équipe s’est penchée, chez la souris, sur la cécité acquise. Le genre de cécité qui peut survenir lors d’une lésion du nerf optique, par exemple. Si une telle lésion survient lors d’un stade précoce du développement, le nerf peut se régénérer. Ce n’est cependant pas le cas chez l’adulte, où les lésions nerveuses sont définitives, les cellules impliquées ne se régénérant pas spontanément.

Pour soigner les souris devenues aveugles, les chercheurs ont utilisé un adénovirus inoffensif pour reprogrammer les cellules de nerf optique. (Une technologie similaire à celle utilisée par AstraZeneca pour son vaccin anti-COVID.) La prouesse a été de réinitialiser les facteurs épigénétiques des cellules ganglionnaires de la rétine sans pour autant modifier leur patrimoine génétique sous peine de provoquer des tumeurs, un effet secondaire fréquent de la thérapie cellulaire trop brutale.

Cette méthode pourrait être utilisée pour toutes les maladies liées au vieillissement

La mission semble accomplie puisque l’équipe a constaté une régénération des neurones endommagés sur de longues distances sans aucune formation de tumeurs. Les chercheurs ont également réussi à inverser, toujours à l’aide d’un adénovirus, l’évolution du glaucome chez les souris. Les animaux ainsi traités, qui étaient devenus aveugles, ont vu leur vision s’améliorer.

La particularité du traitement est qu’au lieu de reprogrammer complètement les cellules pour qu’elles redeviennent jeunes, les scientifiques n’ont réactivé les marqueurs épigénétiques que durant quelques jours avant de leur permettre de retrouver leur « âge naturel ». Cela a suffi pour que 50 % de l’acuité visuelle perdue à cause du glaucome soit retrouvée.

Si ce modèle était applicable à l’être humain, cette maladie, qui touche plus de 1,2 million de français et pour laquelle il n’est actuellement possible que de traiter les symptômes pour en ralentir l’évolution, pourrait à terme être définitivement soignée. Et ce, par une simple injection. Selon les chercheurs, le nerf optique n’est d’ailleurs qu’un cas particulier. La méthode pourrait donc tout à fait être utilisée pour toutes les maladies liées au vieillissement.

Cellules souches : la France se distingue 

Notre pays n’est pas en reste dans la course à l’innovation sur les cellules souches. La startup TreeFrog Therapeutics, dont je vous ai rapidement parlé plus haut en est la preuve. Cette société est spécialisée dans la production de ces précieuses cellules. Elle a dernièrement annoncé une levée de fonds de 64 M€. Celle-ci fait suite à une série A de 6,5 M€ effectuée en mai 2019, et devrait lui permettre d’industrialiser son processus de fabrication.

Le pari de TreeFrog Therapeutics est de parvenir à créer, à la demande, des cellules souches pour n’importe quel patient à coût acceptable. Si cultiver des cellules souches ne nécessite plus de produits embryonnaires depuis les travaux de Shinya Yamanaka, les méthodes de réplication actuelles sont toujours onéreuses. TreeFrog Therapeutics a pris un chemin différent et développé un bioréacteur qui permet de cultiver des cellules souches dans des microbilles dont le diamètre est celui d’un cheveu. Cela permet aux cellules de se développer dans des conditions proches de celles du corps humain.

Cette méthode serait, selon la direction, à même de réduire drastiquement le coût de production en laboratoire de cellules souches individualisées jusqu’à la rendre acceptable pour nos systèmes de santé.

En ligne de mire de TreeFrog Therapeutics : la maladie de Parkinson

A la suite de cette levée de fonds, la biotech va ouvrir des bureaux à Boston, capitale mondiale de la thérapie cellulaire. Cela lui permettra de nouer plus facilement des partenariats dans un secteur qui a levé plus de 14 Mds€ depuis le début d’année.

En ligne de mire de TreeFrog Therapeutics : la maladie de Parkinson, pathologie dégénérative par excellence. Elle espère lancer dès 2024 les premiers essais cliniques de sa thérapie sur-mesure.

Entre l’avènement des vaccins à ARN et l’arrivée de la thérapie cellulaire, les années 2020 sont visiblement placées sous le signe de l’arrivée des thérapies de nouvelle génération. Le secteur des biotechs a donc encore de beaux jours devant lui.

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3 commentaires

Jean-Francois Le Bigot 2 novembre 2021 - 17 h 08 min

Je pense que le problème des traitements à base d’arn sera la durée d’efficacité. Cela me parait particulièrement vrai pour les vaccins dont la durée d’efficacité est un paramètre majeur. C’est pourquoi il ne faut pas mettre au rebut les vaccins prophylactiques ou les immuno-thérapies du cancer utilisant les virus atténués et qui ont leurs preuves depuis bien longtemps.
Dr.Jean-Francois Le Bigot, CEO Oncovitz

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POT Jacques 2 novembre 2021 - 17 h 19 min

A QUAND LA RECHERCHE SUR LE TREMBLEMENT DE LA MAIN DROITE EN PARTICULIER. je prends 3 fois par jour du TANAKAN qui ne me fait pour ainsi dire, pas grand chose !! C’est un gros handicape.
Respectueuses salutations
Jacques POT

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roger michaël 3 novembre 2021 - 17 h 54 min

Un article passionnant : je m’intéresse depuis longtemps à ce type de travaux et à la médecine régénérative (et pas seulement dans une perspective investissement !). Espérons que cette belle petite pépite de la biotech restera française et ne sera pas rachetée par une entreprise étrangère (US ou chinoise) ou un fond d’investissement étranger, que son savoir-faire ne partira pas à l’étranger, et qu’elle aura le soutien de notre gouvernement au besoin (dispositifs de financement et d’aide au développement) et deviendra une jolie licorne, et pourquoi pas même, une décacorne… française svp !
La France a du talent, faisons-le savoir et gardons nos talents chez nous pour la prospérité et rayonnement de notre pays !
Et au passage, je vous lis régulièrement, et un bravo et mes encouragements pour la qualité de vos articles, produits et conseils : ce que vous faîtes est très utile, qualitatif et va dans le bons sens pour stimuler et encourager l’investissement, l’entreprenariat et la réussite de notre pays ! Félicitations à votre équipe de rédacteurs !

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