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Tracking sanitaire : le bracelet électronique gagne du terrain en Asie

par Etienne Henri
bracelets surveillance de masse covid19

Il ne vous aura pas échappé que la question du déconfinement fait s’arracher les cheveux aux épidémiologistes et dirigeants de toute la planète.

Pister manuellement 7 milliards de personnes est de l’ordre de l’impossible.

En l’absence de traitement efficace et de vaccin contre le coronavirus, il ne reste que deux stratégies possibles : parvenir à l’extinction de l’épidémie ou lisser dans le temps l’exposition de la population jusqu’à atteindre une immunité de groupe.

Si ces stratégies peuvent paraître diamétralement opposées, elles nécessitent toutes deux un pilotage fin de la transmission du virus.

Pour tenter d’éradiquer totalement le virus, comme le souhaitent certains pays asiatiques et la Nouvelle-Zélande, il faut que chaque malade contamine moins d’une personne, et savoir avec précision où se situent les malades, où ils ont séjourné, et qui ils ont côtoyé.

De manière plus réaliste, pour contrôler l’épidémie et maintenir le nombre de malades sous la capacité du système de soins (stratégie européenne), il faudra surveiller l’évolution des contaminations comme le lait sur le feu après le déconfinement pour adapter dynamiquement les mesures restrictives dès que la croissance exponentielle pointera le bout de son nez.

Le point commun ? Dans les deux cas, traquer les mouvements des personnes suspectes s’avère nécessaire.

Le Big Data en guise de sentinelle médicale

Pister manuellement 7 milliards de personnes est de l’ordre de l’impossible. Les gouvernements se tournent alors naturellement vers la surveillance automatisée pour suivre à la trace les potentiels malades et tout savoir de leur comportement.

Berceau de l’épidémie et rompue au contrôle de ses citoyens, la Chine a été pionnière en la matière. Elle a été la première à mettre en place une application de “contact-tracing”.» Véritable sésame des déplacements quotidiens, les algorithmes de l’application déterminaient si les utilisateurs avaient le droit de sortir de chez eux, devaient être prudents, ou purement et simplement assignés à domicile.

Géolocalisation, proximité avec des malades et autres critères secrets étaient utilisés pour étiqueter les habitants. La future application StopCovid, qui fait l’objet d’un débat houleux en France, ne diffère pas fondamentalement dans son principe. Pour suivre les interactions de 67 millions de Français, il faudra d’une manière ou d’une autre enregistrer leurs mouvements et être capable de lier un téléphone à une personne (et ce quelles que soient les solutions techniques retenues).

Qu’elles soient déployées par un régime totalitaire ou une démocratie, les applications smartphones restent toutefois un outil de surveillance incomplet. Elles ne permettent pas de couvrir 100 % de la population et de nombreuses stratégies d’évitement individuelles sont possibles.

L’empire du Milieu s’est par conséquent appuyé sur une autre infrastructure pour contrôler l’épidémie. Avec son réseau de caméras de surveillance omniprésent et l’utilisation généralisée de la reconnaissance faciale, il a été possible de savoir de façon bien plus fiable si les citoyens restaient effectivement à domicile et faire le lien avec les données de géolocalisation remontées par l’application.

Cette méthode ne pourra toutefois pas être reproduite par la majorité des pays qui ne disposent pas d’un tel appareil de surveillance de l’espace public. Pour parvenir au suivi de la majorité de leur population, il leur faudra se tourner vers d’autres solutions techniques.

Le grand retour du bracelet de surveillance

On le pensait réservé aux malades des hôpitaux ou aux délinquants assignés à domicile : le bracelet de surveillance individuel pourrait devenir une solution acceptable en cette période d’état d’urgence sanitaire.

Il suffit, une fois de plus, de se tourner vers l’Asie pour voir ce que nos dirigeants nous proposeront peut-être dans quelques semaines.

A Hong-Kong, le bracelet individuel a été rendu obligatoire pour les voyageurs arrivant de l’étranger à la fin du mois de mars. Les premières versions étaient technologiquement limitées. Il s’agissait de simples bandes de plastique indéchirables munies d’un QR Code unique. L’utilisateur devait scanner régulièrement son poignet au moyen d’un téléphone géolocalisé pour prouver aux autorités qu’il respectait bien la quarantaine.

Ce système, malgré sa simplicité, fonctionnait mal aux dires des premiers utilisateurs.

Début avril, les bracelets ont été mis à jour. Ils sont désormais actifs et contiennent leur propre dispositif de géolocalisation. Ils communiquent par Bluetooth avec le smartphone de l’utilisateur pour remonter les informations aux autoritésbracelets surveillance asie

Plus de 30 000 bracelets de surveillance ont déjà été distribués à Hong Kong. Photo /SCMP

Moins sensibles aux problèmes techniques et aux stratégies de contournement, ces bracelets de seconde génération sont une avancée significative dans la surveillance de masse. Il est toutefois possible d’aller encore plus loin.

Les réseaux bas débit : l’infrastructure de choix pour un contrôle généralisé

Pour les gouvernements, le Graal sanitaire sera atteint lorsqu’il sera possible de surveiller électroniquement l’ensemble de la population sans stratégies d’évitement possible.

Il faudrait pour cela des bracelets indépendants des téléphones des utilisateurs, capables de discuter entre eux, de se géolocaliser, et à même de remonter de manière totalement autonome les informations de suivi aux autorités.

Il se trouve que nous disposons, en Europe, d’une technologie qui permet d’envisager la fabrication de tels appareils. Les réseaux bas débit Sigfox et LoRa, conçus pour l’Internet des Objets, sont tout à fait adaptés à la connectivité de millions de bracelets. Du fait de leur excellent maillage territorial et de la faible consommation électrique, fabriquer des bracelets dotés de quelques semaines d’autonomie ne représente plus aucune difficulté technique.

Aucun citoyen ne pourrait alors prétendre ne pas avoir de smartphone, l’oublier chez soi lors de ses déplacements, ou le laisser se décharger “par accident”.

Ces bracelets individuels seraient inviolables…

Ces bracelets seraient inviolables, individuels et suivraient 24h/24 les déplacements des porteurs sans la moindre interruption : un véritable rêve pour les gouvernements en mal de contrôle et pour les industriels de l’Internet des Objets qui attaquent déjà leur offensive médiatique.

Ludovic Le Moan, fondateur de Sigfox, se fendait il y a quelques jours d’une tribune dans Les Echos pour vanter la supériorité d’un bracelet connecté sur l’hypothétique application StopCovid… L’avenir nous dira si les gouvernements répondront favorablement à cet appel du pied qui pose, de manière plus crue que jamais, la délicate question de l’équilibre entre sécurité sanitaire et respect des libertés fondamentales. L’industrie, elle, est prête à fournir les moyens techniques d’une surveillance de masse d’ampleur historique.

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