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Tragédie grecque saveur italienne

par Cécile Chevré

Alors que la fin d’année approche, chacun y va de sa petite prédiction sur ce que nous réserve 2013 – nous n’allons évidemment pas pouvoir résister à cette tentation mais aujourd’hui j’aimerais revenir sur certaines d’entre elles, et en particulier sur celles qui concernent l’avenir de l’Europe.

Comme le remarquait ce matin Simone Wapler dans sa Stratégie, nombre de prévisions sont plutôt optimistes sur le règlement de la crise européenne. Une confiance qui me paraît un peu rapidement accordée car le Vieux Continent est un habitué des bouleversements et des remises en cause politiques.

Dernier exemple en date, la démission surprise du président du Conseil italien, Mario Monti.

Ce professeur d’économie avait été choisi par le président de la République italienne, Giorgio Napolitano, en novembre 2011 pour éviter la faillite à la péninsule. Mario Monti, avait alors formé ce qu’on avait appelé un gouvernement de technocrates, des spécialistes de l’économie et du droit qui n’avait jamais été soumis à l’approbation des urnes. Une faiblesse certes… mais aussi la possibilité pour l’Italie de mettre en oeuvre d’indispensables réformes structurelles pour échapper à la spirale de la crise obligataire.

Et Mario Monti s’est effectivement lancé dans moult changements – augmentation et élargissement des impôts, réforme des retraites, lutte contre l’évasion fiscale, réforme du marché du travail – avec comme promesse principale celle de faire baisser la dette publique et le chômage. Le ratio dette/PIB italien dépasse les 125%, l’Italie faisant partie des principaux émetteurs de dettes de la planète après le Japon et les Etats-Unis.

Seulement voilà, les effets de ces réformes se font attendre sur la reprise économique et le chômage alors que l’endettement s’est accru. En cause, la récession qui, comme toujours en Europe, empêche la réduction des dettes et soutient la contestation politique et sociale contre le gouvernement.

Le parti de Silvio Berlusconi, le PDL, n’a évidemment pas laissé passer l’occasion devant la montée du mécontentement. Le 9 décembre dernier, les députés du PDL ont retiré leur soutien au président du Conseil, dénonçant l’aggravation de la situation sociale dans le pays.

Face à cette attaque, Monti aurait certes pu tenir bon… du moins jusqu’aux prochaines élections prévues en avril 2013. Seulement voilà, il a préféré démissionner. Pourquoi ? Mystère… Il est vrai que le fonctionnement de la Chambre, l’organe législatif italien, rend instable la position d’un président du Conseil qui perd une part importante de ses soutiens. C’est ce qui s’était passé en France lors de la Troisième République… une succession de gouvernements à chaque fois désavoués et remplacés…

Quoi qu’il en soit, les Italiens devraient repasser devant les urnes en février 2013… pour élire leurs représentants.

Après cette annonce, les rendements des obligations souveraines italiennes – le meilleur indicateur de la confiance que les investisseurs accordent à un pays et surtout à sa solvabilité – se sont envolés, gagnant même 2,9% en un jour le 10 décembre dernier.

Ce n’est bien sûr pas l’avancée des élections législatives italiennes de quelques semaines qui ont inquiété les marchés mais les craintes sur les décisions et l’orientation du nouveau gouvernement. Car si les critiques internes contre le président du Conseil étaient de poids, à l’international, Monti était plutôt apprécié, aussi bien par ses partenaires européens que par les marchés. Mais son impopularité grandissante en Italie fait douter de sa capacité à être élu…

“Alors que le professeur est loué en Europe pour avoir stabiliser la situation de l’Italie, le maillon faible de la chaîne zone euro avec sa montagne de dettes de 2 000 milliards d’euros, M. Monti est moins apprécié dans le pays. Ses hausses d’impôts et les réductions de dépenses sont accusées d’avoir aggravé la plus longue récession qu’a connue l’Italie d’après-guerre. Le taux de chômage a fait un bond, les dépenses de consommation ont chuté”, note le Financial Times.

Les marchés craignent donc que le futur gouvernement donne un coup d’arrêt et/ou revienne sur une partie des réformes engagées par Mario Monti. Réformes qui les avaient rassurés – à tort ou à raison.

L’annonce par Silvio Berlusconi qu’il briguait à nouveau, et à 78 ans, le poste de président du Conseil n’a fait qu’ajouter de l’huile sur le feu obligataire. “Le plus populaire tu meurs”, ex-président du Conseil aux moeurs légères monte au créneau en profitant de la montée de contestation populaire contre la rigueur initiée par Monti. Au programme, populisme évidemment, attaques contre l’Allemagne et promesses électorales peu réalistes. Bref, rien qui ne soit en mesure de rassurer les marchés.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
La morale de l’histoire, car il y en a une, est que la zone euro est toujours capable de nous surprendre par des revirements politiques soudains. Italie, Grèce, Espagne, l’instabilité politique est une conséquence qui ne peut être ignorée de la crise obligataire. En Italie, l’issue de la bataille électorale va déterminer l’avenir financier du pays. En Espagne, les régions autonomes réclament encore plus d’indépendance.

Au niveau européen, le Royaume-Uni marque ses distances avec le Continent, l’Allemagne maintient à grand peine son rôle de gendarme et l’opposition entre pays du Nord et du Sud ne cesse de grandir.

Ce que cela signifie ? Que contrairement à nombre d’analystes, je ne pense pas que la crise de la zone euro soit sur le point d’être résolue. Les tensions sociales et politiques internes à chaque pays vont aller grandissant. Les tensions entre les différents membres de la zone euro aussi. Et le problème de la dette est très loin d’être résolu.

2013 va être une année charnière qui verra peut-être une réponse aux questions suivantes :
– Les gouvernements européens – et tout particulièrement en France – sont-ils prêts à mettre en oeuvre des réformes structurelles leur permettant de réduire leur endettement ?
– Comment stimuler et relancer la croissance économique sans aggraver de manière délétère l’endettement public ?
– Comment la BCE va-t-elle gérer sa promesse de racheter les obligations des pays qui en feront la demande ?
– La zone euro pourra-t-elle échapper à une explosion partielle ?

Chers lecteurs, réponse(s) en 2013. D’ici là, mieux vaut appliquer ce que Simone Wapler a appelé la “stratégie du cafard”, fuir l’ennemi pour survivre ! Pour en savoir plus… c’est dans la dernière Stratégie de Simone Wapler

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