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Transition énergétique : les GAFAM font mieux que les Etats

par Etienne Henri
GAFAM transition énergétique

En prenant de l’avance sur les calendriers de décarbonation des pays développés, les GAFAM assurent leur place dans le futur monde zéro carbone. Au niveau social, ils se protègent des procès en immobilisme. Au niveau économique, ils s’immunisent contre la hausse continue des prix de l’énergie. Sur le front de la transition énergétique, Amazon, Apple, Facebook, Google et Microsoft font mieux que les Etats !

Et si, au final, les GAFAM étaient un modèle dont les nations feraient bien de s’inspirer ?

En matière de transition énergétique, les GAFAM font plus que montrer la voie aux Etats…

Les géants du web sont décriés de toutes parts pour leurs pratiques. Entre leur position hégémonique, le sort parfois peu enviable réservé aux salariés et aux sous-traitants, les pratiques d’optimisation fiscale et leur nécessité de ménager les gouvernements des pays où ils font affaires, les causes de ressentiment ne manquent pas.

Pourtant, en matière de transition énergétique, force est de constater que les GAFAM font plus que montrer la voie aux Etats. En effet, ces derniers suivent une feuille de route dont les pays développés peuvent être jaloux. A l’heure où les nations les plus volontaristes visent le zéro carbone à horizon 2050, certaines stars de la tech espèrent l’atteindre avant même la fin de la décennie !

La performance est d’autant plus impressionnante que leur activité est colossale et, historiquement, très émettrice de gaz à effet de serre. Leur décarbonation à marche forcée prouve que la transition énergétique des activités les plus polluantes peut non seulement se faire à coûts maîtrisés, mais aussi bien plus rapidement que ce qui est communément admis.

Des géants qui partent de loin 

Au début de la décennie, l’impact environnemental des GAFAM était loin d’être reluisant. Selon des estimations, le numérique était à l’origine de 3,7 % des émissions totales de gaz à effet de serre dans le monde et de 4,2 % de la consommation mondiale d’énergie primaire en 2018. S’il a l’air modeste, ce chiffre représente près de trois fois les émissions de CO2 de l’ensemble du transport aérien, fret et passagers compris !

La majeure partie de ces émissions provient directement de l’utilisation des appareils (alimentation électrique, climatisation). Contrairement aux effets de la fabrication, diffus et difficilement attribuables à telle ou telle entreprise, la consommation d’électricité est facilement quantifiable. Et, selon l’endroit où elle a été produite, son intensité carbone est bien connue.

Ainsi, les centres de données sont la principale source évitable d’émissions de CO2 du numérique. En 2020, la consommation d’électricité des GAFAM était estimée à 45 TWh par an – l’équivalent de celle de la Nouvelle-Zélande. Chez Google, la consommation d’électricité a triplé entre 2013 et 2018. Chez Facebook (désormais Meta Platforms), elle a quintuplé sur la même période.

L’utilisation croissante du cloud, qui risque en sus d’augmenter significativement avec l’avènement du métavers, rend sa décarbonation encore plus urgente.

Une transition énergétique à marche forcée

Que ce soit par altruisme écologique, par calcul économique ou pour redorer leur blason, force est de constater que les Big Five ne sont pas restés les bras croisés face à leur empreinte énergétique.

Ils ont redoublé d’efforts pour se décarboner au plus vite.

Google a une feuille de route précise pour atteindre le zéro carbone. L’activité de moteur de recherche, qui représente l’écrasante majorité des émissions du groupe Alphabet, devrait être neutre en CO2 dès 2030. Et ce, 100 % du temps sur toute la planète. Un tel engagement signifie que le géant du web ne se contentera pas de planter quelques arbres pour compenser, bon an mal an, ses émissions de gaz à effet de serre. Il installera ses futurs centres de données là où l’énergie est la plus verte et financera, en complément, l’émergence de réseaux électriques d’origine renouvelable.

Google devrait être neutre en CO2 dès 2030

Apple s’aligne sur cet objectif et compte aussi atteindre la neutralité carbone en 2030. Si la firme de Cupertino est déjà neutre en carbone pour ses activités de bureau, elle compte avoir un impact global nul dès la fin de la décennie. Et ce, en tenant compte des émissions de ses fournisseurs.

Même Meta Platforms, anciennement Facebook, fait preuve de bonne volonté en la matière. Si le groupe de Mark Zuckerberg est souvent décrié pour son cynisme et sa relative indifférence quant aux impacts sociétaux de son activité, il fait office de modèle en matière de responsabilité climatique. En 2018, le groupe a annoncé avoir pour objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 75 % avant 2020. En intégrant dans son mix énergétique de l’électricité issue d’énergie renouvelable, le groupe a finalement réduit de 94 % ses émissions entre 2018 et le début 2021.

La subtilité est que, dans le cas de Meta, ce ne sont pas les centres de données qui sont directement alimentés par de l’énergie propre. Le groupe consomme de l’électricité là où il en a besoin et finance, ailleurs sur la planète, la production de kWh d’origine renouvelable. Si ce modèle est sans conteste vertueux dans les premiers temps de la transition énergétique, il ne peut être que temporaire. A terme, il faudra bien que les centrales électriques consommant de l’énergie fossile ferment pour atteindre le zéro carbone. A ce moment-là, les data centers de Meta ne pourront fonctionner que s’ils disposent à proximité de parcs éoliens, hydroélectriques ou solaires.

Facebook fait office de modèle en matière de responsabilité climatique

C’est cette stratégie que suit également Microsoft, qui table sur l’obtention de certificats carbone pour neutraliser – sur le papier – son effet mondial sur les émissions de gaz à effet de serre. Comme Meta, cette stratégie a du sens dans les premiers temps de la transition énergétique, mais n’est valable que tant qu’il est possible de compenser le CO2 émis en finançant la décarbonation d’autres consommateurs. Lorsque toute l’économie sera passée au zéro carbone, il faudra que les électrons consommés par les centres de données de Microsoft proviennent réellement de sources renouvelables.

Pour y parvenir, Microsoft s’est allié avec Meta au sein de la Low Carbon Patent Pledge (promesse autour des brevets du bas carbone). Son objectif est de mettre dans un pot commun les brevets autour des techniques permettant de réduire les émissions de CO2. Fin avril, le géant chinois Alibaba a annoncé rejoindre l’alliance en apportant neuf brevets, dont un autour des systèmes de refroidissement déjà utilisés dans les centres de données d’Alibaba.

Jeff Bezos, l’écologiste inattendu

Dans le club des GAFAM, Amazon est connue pour être une des plus dures des entreprises. Ses velléités hégémoniques et les pratiques sans pitié de son fondateur Jeff Bezos en font la cible préférée des altermondialistes. Pourtant, le groupe tentaculaire fait office de premier de la classe en matière de décarbonation. En toute transparence, le groupe a récemment publié les chiffres de l’évolution de son empreinte carbone. Du fait de la pandémie de COVID-19 et des incitations au télétravail, son activité a généré 60,6 millions de tonnes d’équivalent CO2 en 2020, contre 44,4 millions de tonnes en 2018.

Au même moment, le groupe a mis les bouchées doubles pour décarboner sa consommation d’électricité.

achats énergies vertes GAFAM

Evolution des achats d’énergie verte entre 2019 et 2020 (source : Financial Times) 

Fin avril, Amazon a annoncé lancer 37 nouveaux programmes de production d’énergie propre à travers le monde. Le groupe augmentera ainsi de 30 % la capacité totale de son portefeuille mondial d’électricité d’origine renouvelable.

Contrairement aux achats « d’électricité propre sur papier » de ses concurrents, Amazon œuvre directement à la construction de capacités de production tangible. Avec cette nouvelle tranche d’investissements, la firme de Jeff Bezos disposera de 15,7 GW de capacité-crête de production d’énergie propre, soit l’équivalent de 9 centrales nucléaires de type EPR. Elle sera, au bas mot, l’entreprise achetant ou produisant le plus d’électricité propre de la planète et atteindra la neutralité carbone dès 2025.

Le pari ne peut qu’être gagnant

En prenant de l’avance sur les calendriers de décarbonation des pays développés, les GAFAM assurent leur place dans le futur monde zéro carbone. Au niveau social, ils se protègent des procès en immobilisme. Au niveau économique, ils s’immunisent contre la hausse continue des prix de l’énergie. Le pari ne peut qu’être gagnant.

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