Accueil InvestirIndices et actions 3 secteurs piégés dont il faut se méfier en 2022

3 secteurs piégés dont il faut se méfier en 2022

par Etienne Henri
métavers halo-fi mobilité propre

[A la Bourse comme à la guerre, « la victoire doit payer la bataille ». Investir sur des technologies porteuses – à la mode – est une chose, savoir séparer le bon grain de l’ivraie en est une autre. Un exercice d’autant plus compliqué que certains secteurs bénéficient d’un tapage médiatique sans commune mesure… Attention donc, certains terrains sont minés ! Métavers, Halo-Fi, mobilité propre… Voici trois secteurs dont il faudra particulièrement vous méfier en 2022… Ils sont enthousiasmants, certes, mais ils sont aussi à manipuler avec la plus grande des précautions. A bon entendeur…]

La semaine dernière, je vous ai présenté trois secteurs à fort potentiel à avoir dans votre short list pour bien préparer 2022. Ce sont mes préférés car, comme je vous l’ai expliqué, ils ont l’avantage de conjuguer forte croissance et valorisation acceptable.

A contrario, certains terrains sont minés ! Et c’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

Les trois secteurs sur lesquels nous allons nous arrêter, pourtant fort intéressants – pour ne pas dire enthousiasmants – doivent être abordés avec prudence. Et ce pour des raisons diamétralement opposées à celles de notre précédent top 3. Concurrence accrue, modèles d’affaires bancals et valorisations trop importantes, il est particulièrement dangereux de s’y aventurer à l’aveuglette… Pourtant, ils font l’objet d’un traitement médiatique des plus favorables.

Métavers : l’arnaque du siècle ? 

Commençons par LE sujet dont tout le monde parle en ce moment : le métavers. Mon titre est sciemment provocateur… et vous allez comprendre pourquoi.

Un changement de nom et voilà la planète tech en émoi. A peine la maison-mère de Facebook avait-elle choisi de se rebaptiser Meta que toutes les entreprises suiveuses sortaient de leurs cartons une stratégie basée sur les univers virtuels. L’effet de mode a fait le reste…

En effet, de la même manière qu’il fallait être « .com » à la fin des années 1990, de la même manière qu’il fallait se mettre à l’impression 3D il y a cinq ans, de la même manière qu’il fallait avoir une stratégie basée sur la blockchain il y a deux ans, aujourd’hui tout le monde veut développer son projet métavers.

Quand plus personne ne se pose la question du « pourquoi », la bulle est proche…

« Quand tout le monde pense la même chose, plus personne ne pense », répète souvent Bill Bonner… Et moi d’y aller de mon petit supplément : « Quand plus personne ne se pose la question du ‘pourquoi’, la bulle est proche… » 

Loin de moi l’idée de nier le potentiel de ce secteur balbutiant. On dit tout de même de lui qu’il s’agit de la prochaine grande bascule d’Internet. Je ne nie pas non plus qu’il sera créateur de richesse. Mais, force est tout de même de le reconnaître, il y règne une certaine cacophonie. De fait, la prudence s’impose, cher lecteur. Si vous envisagez d’investir dessus, il me semble extrêmement important d’identifier les éléments discordants. Pour filer la métaphore, l’harmonie doit vous guider.

Et, pour ce faire, gardez bien à l’esprit la raison d’être principale de ces univers virtuels. Ils doivent apporter une réponse à un besoin bien précis : fluidifier la communication sur Internet, la rendre plus efficace encore.

S’agissant de Facebook, par exemple, le projet peut avoir du sens. Le réseau social est en perte de vitesse chez les jeunes générations. En proposant de nouvelles fonctionnalités, de nouvelles manières de communiquer, le réseau social se cherche clairement un nouvel élan. Il en va de sa survie à long terme.

Cela étant, comme le souligne mon collègue Ray Blanco à ce sujet, « attention à ne pas faire d’une mauvaise dystopie une réalité ». Je le rejoins parfaitement et, à ce titre, si je devais investir sur la thématique du métavers, je ne jetterais pas mon dévolu sur Facebook. Faire passer les moyens technologiques pour une fin est une habitude de la Silicon Valley. Le réseau social en est le parfait exemple. Et ce sont souvent les investisseurs particuliers qui en font les frais, en investissant tête baissée dans des projections de croissance dénuées de tout fondement.

Alors, oui, le métavers générera d’immenses fortunes. Encore faudra-t-il parier sur les bons projets. Car, pour bon nombre d’entreprises, il sera comme les répondeurs téléphoniques, les chatbots (services clients assurés par intelligence artificielle) et autres SAV à distance : un moyen de réduire marginalement les coûts d’interactions avec la clientèle. Pas de quoi pavoiser, ni d’espérer par magie une explosion de l’activité et des bénéfices…

Internet par satellite : bientôt la purge ! 

Vous le savez, dans ces colonnes, nous sommes particulièrement enthousiastes à propos du Halo-Fi. L’accès à l’Internet haut débit et faible latence dont rêvent tous les technophiles. Ce que la 3G et la 4G ont apporté dans les villes, cette technologie pourrait l’apporter sur toute la surface du Globe. C’est la promesse du Halo-Fi, l’Internet par satellite.

Pour rappel, aujourd’hui encore, près de la moitié de l’humanité n’a pas accès à l’Internet haut débit. Aussi, face à ce constat, et grâce à la baisse des coûts de mise en orbite, envoyer des centaines (voire des milliers) de satellites à basse altitude est devenu une stratégie viable.

Mais cette technologie qui se démocratise devient victime de son succès. Tous les acteurs de la tech veulent en être, chacun cherchant à devenir celui qui connectera la planète entière. Au Starlink de SpaceX viennent donc désormais s’ajouter Amazon, Boeing, Hughes Network Systems, OneWeb, SpinLaunch… Et cela sans compter les vétérans de l’espace que sont Inmarsat, Telesat et Astra bien décidés eux aussi à ne pas laisser ce nouveau marché leur passer sous le nez.

Amazon projet Kuiper

L’année prochaine, Amazon devrait lancer deux satellites de son projet Kuiper
Crédit : Amazon

Résultat des courses ? Le nombre de demandes d’autorisation de mise en orbite explose. A l’heure où j’écris ces lignes, la Federal Communications Commission (FCC) doit étudier des dossiers portant sur le lancement de plus de 38 000 satellites !

Il y aura fatalement, un moment où une épuration s’enclenchera dans le secteur

Bien évidemment, vous vous en doutez, le marché ne permettra pas à tous ces acteurs d’y aller – sans même considérer la problématique, bien réelle, de l’encombrement de l’orbite basse terrestre. Il y aura fatalement, un moment où une épuration s’enclenchera dans le secteur… Dans ce contexte, ceux qui baisseront les bras les premiers s’éviteront de perdre des milliards dans la bataille. Pour les autres challengers qui resteront dans la course trop longtemps sans se démarquer comme il faut, ce sera le carnage financier assuré.

Conclusion : n’investissez pas à l’aveugle dans l’Internet par satellite. Le secteur est porteur, certes. Le marché compte trois milliards de clients potentiels, certes. Mais la concurrence sera rude et le retour sur investissement incertain… Attention donc aux excès d’engouement pour certaines technologies ! La récente introduction en Bourse de Rivian est un cas d’école en la matière…

Mobilité propre : perdant-perdant pour les investisseurs

Sur le segment de la mobilité propre, les entreprises concevant des véhicules destinés à remplacer la motorisation thermique sont valorisées – aidées en cela par les nouvelles contraintes environnementales – à des niveaux surréalistes, sans lien aucun avec la réalité du marché potentiel.

C’est le cas de Rivian dont la valorisation actuelle dépasse les 100 Mds$ sur le Nasdaq. Pourtant, le « constructeur », qui ne mérite pas encore ce nom, produit actuellement à peine deux véhicules par jour (en moyenne)… C’est plus que General Motors (91 Mds$), Ford (80 Mds$), Stellantis (61 Mds$) et près de dix fois plus que Renault (11 Mds$).

Il rejoint ainsi Lucid, société valorisée 85 Mds$, qui vient à peine de livrer ses premiers modèles. L’entreprise, positionnée sur le segment du luxe avec des véhicules s’échangeant autour de 100 000 $ (hors taxe), essaye de reproduire le « miracle Tesla » en s’adressant à une clientèle fortunée avant de se frotter au grand public.

Voiture Lucid Motors

Lucid sait parfaitement jouer sur l’image de marque. Ici, lors de la livraison des premiers véhicules
Photo : Lucid Motors

Reste que dans ce secteur s’il y a beaucoup d’appelés, il n’y aura que très peu d’élus… Nous ne sommes plus en 2003, année de la création de Tesla Motors, lorsque les véhicules électriques existants offraient des prestations ridicules. Le marché est déjà riche, et en passe d’être saturé de produits de qualité à coûts abordables.

Il s’agit donc d’un piège classique pour les investisseurs qui se positionnent maintenant. Tout est trop cher, et l’espérance de gains est négative. Choisir une startup parmi d’autres, c’est jouer au Loto pour tenter de déterminer qui sera le gagnant qui raflera la mise. Saupoudrer ses investissements ? Cela revient à dépenser une fortune pour acquérir une part microscopique du capital de ces entreprises.

Dans ce secteur, s’il y a beaucoup d’appelés, il n’y aura que très peu d’élus

La valorisation boursière combinée des cinq coqueluches de l’électrique (Tesla, Lucid, Rivian, NIO et Xpeng) dépasse les 1 400 Mds$ ! A titre de comparaison, celle des plus grands constructeurs mondiaux (Toyota, BYD, Volkswagen, Daimler, GM, Ford, BMW, Ferrari, Stellantis, Honda, Hyundai et Kia cumulés) n’atteint pas les 870 Mds$…

Le basculement imminent des véhicules thermiques vers la mobilité propre est une certitude. Mais encore faut-il, pour y investir, que cela soit rentable pour les actionnaires. Lorsque la poussière retombera, rien ne dit que le marché de l’automobile vaudra plus de 2 200 Mds$. Et, à ce moment-là, même les investisseurs bien diversifiés n’auront pas de plus-values à encaisser, les capitalisations tendant toujours à se rapprocher de la valeur réelle du marché.

Ces trois exemples nous rappellent qu’à la Bourse comme à la guerre, « la victoire doit payer la bataille ». Investir sur des technologies porteuses est une chose, séparer le bon grain de l’ivraie en est une autre. Attention donc à ne pas acheter trop cher – au risque de perdre de l’argent même en ayant correctement anticipé les tendances.

La bonne nouvelle est que, comme nous l’avons vu la semaine dernière, sur le segment technologique, loin du vacarme généré par les effets de mode mal placés, les opportunités à la fois passionnantes et rentables ne manquent pas !

Cette grille d’analyse peut d’ailleurs être appliquée tout au long de l’année : n’oubliez pas que tout investissement doit être fait avec un objectif de plus-value. Etre actionnaire d’une entreprise amenant sur le marché une nouvelle technologie excitante est une chose, gagner de l’argent ce faisant en est une autre !

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3 commentaires

roger-michaël 6 décembre 2021 - 21 h 40 min

De pertinents éléments d’analyses… je souscris totalement !

Reply
Chamyl Khodja 11 décembre 2021 - 13 h 23 min

Absolument d’accord. Analyses sérieuses et pertinentes.

Reply
Debecker 7 janvier 2022 - 12 h 33 min

Analyses pertinentes

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