Accueil Energies et transportsDrones & futur de l'aéronautique Trois startups françaises qui redonnent du souffle aux dirigeables

Trois startups françaises qui redonnent du souffle aux dirigeables

par Etienne Henri
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[Transition énergétique oblige (entre autres arguments), les ballons dirigeables jouissent d’un regain d’intérêt. De nombreux projets sont d’ores et déjà dans les tuyaux. Et, qu’ils soient publics ou privés, les capitaux et les participations affluent. Air liquide, Thales, Bouygues… tous veulent être de la partie. De leur côté, les startups sont à pied d’œuvre, prêtes devenir des références mondiales sur ce nouveau marché. Voici trois projets, différents, complémentaires mais surtout à garder à l’oeil…]

Nous l’avons vu en début de semaine, les ballons dirigeables connaissent un regain d’intérêt, scientifique comme industriel. Loin de l’image surannée et dangereuse qu’ils ont dans l’opinion publique, ces aéronefs ont des avantages uniques en termes d’autonomie et d’économies d’énergie.

Voilà pourquoi bon nombre d’entreprises comptent bien les remettre au goût du jour. Aujourd’hui, nous allons principalement nous intéresser à l’écosystème français. Comme vous le verrez, de la startup à la multinationale, beaucoup sont convaincus du potentiel de ces dirigeables nouvelle génération.

Flying Whales, le poids plume du transport de charges lourdes 

Le pari de Flying Whales est d’utiliser des appareils plus léger que l’air pour transporter des charges lourdes. Née en 2012, la jeune entreprise avait pour première mission de permettre à l’Office national des forêts (ONF) d’exploiter, à coût acceptable, ses domaines peu accessibles où l’envoi de véhicules terrestres est impossible, et l’usage d’hélicoptères représentant un coût prohibitif.

En utilisant des dirigeables de grande dimension (son premier modèle devrait atteindre les 150 mètres de long), Flying Whales espère proposer une capacité d’emport de 60 tonnes.

baleines volantes Flying Whales

Les baleines volantes de Flying Whales représentent une solution écologique de transport de charges
Photo : Flying Whales

L’année dernière, l’entreprise a franchi un premier pas vers l’industrialisation en signant un partenariat avec Idea, une entreprise française spécialisée dans la gestion de la chaîne logistique industrielle. Sur le site de Laruscade (Gironde), Flying Whales devrait assembler d’ici 2023 son premier aéronef avant de lui faire prendre son envol en 2024.

Le gigantisme de la solution technique se retrouve dans les montants en jeu. La jeune entreprise a déjà levé plus de 60 M€ et compte à son capital Air Liquide, Groupe ADP, Bouygues, Bpifrance et l’Aviation Industry Corporation of China (AVIC).

Zephalto : le tourisme spatial vert 

Profitant de l’engouement pour le tourisme spatial, Zephalto compte mettre à profit la simplicité des vols en ballon pour proposer des vols habités à bas prix.

En se basant sur un système composé de seulement trois éléments (un ballon d’hélium, une nacelle et un régulateur d’altitude), la startup va concurrencer directement les sauts de puce spatiaux proposés par Jeff Bezos (Blue Origin) et Richard Branson (Virgin Galactic).

Avec Zephalto, pas besoin de fusée ni d’avion gros-porteur : il suffira, pour les passagers, d’embarquer et de se laisser porter vers la stratosphère. Les voyages, qui devraient durer pas moins de deux heures et atteindre une altitude de 25 kilomètres, permettront d’apprécier la courbure de la Terre et l’obscurité du ciel stratosphérique.

ballon Zephalto

Un ballon d’hélium et une nacelle panoramique sont amplement suffisants
pour quitter la troposphère et vivre une expérience à couper le souffle
Crédit : Zephalto

Le tout se veut à la fois plus économique et plus écologique que les voyages de Blue Origin et Virgin Galactic. Le ticket pour l’espace ne devrait ainsi coûter, selon les dires des fondateurs, que « quelques dizaines de milliers d’euros », contre 250 000 $ pour Blue Origin et 450 000 $ pour Virgin Galactic.

Stratobus, le pari de Thales Alenia Space

L’accès à bas coût à la stratosphère ne sera bien évidemment pas une chasse gardée des startups. Qui dit gros marché dit gros concurrents, et l’un des plus importants d’entre eux est sans aucun doute Thales Alenia Space. La co-entreprise possédée par Thales et Leonardo, qui réalise aussi bien des satellites que des modules habités pour la Station spatiale internationale, travaille également sur un ballon moderne multifonctions.

Son programme Stratobus consiste à placer des ballons dirigeables autonomes à 20 kilomètres d’altitude, dans les couches basses de la stratosphère mais au-dessus du trafic aérien.

ballon Stratobus

Vue d’artiste d’un ballon Stratobus
Crédit : Thales Alenia Space
 

Ces dirigeables pourront être utilisés à des fins d’observation, d’expériences scientifiques mais aussi pour des besoins militaires. Ils auront la particularité de produire leur propre énergie électrique en embarquant des panneaux solaires. Ils seront ainsi totalement autonomes en énergie et pourront rester en l’air une année entière.

Le Stratobus pourra être, à l’instar des sous-marins nucléaires, un outil de dissuasion permettant aux Nations qui en seront équipées de projeter leur force à n’importe quel point du Globe. En outre, les usages civils ne manqueront pas et le ballon pourra être utilisé pour mener des expériences scientifiques au long cours à haute altitude – ou fournir des services dignes d’une flotte satellitaire à moindres coûts.

Ces trois visions illustrent le potentiel de cette technologie remise au goût du jour

Une autre particularité du Stratobus est que les aspects pratiques de son utilisation ont été anticipés dès l’élaboration du cahier des charges. Pour faciliter son transport et sa mise en place, il aura une enveloppe suffisamment compacte pour être stockée, une fois dégonflée, dans un conteneur de 40 pieds.

Avec cette plateforme, Thales Alenia Space reste fidèle à son positionnement d’équipementier pour les armées, la recherche scientifique et l’industrie de pointe. Pour lancer définitivement le projet, dont le coût de développement est estimé entre 100 M€ et 150 M€, le groupe compte sur un financement du Fonds européen de défense. D’ici là, l’emplacement du futur site de production à déjà été choisi. Installée à Istre, la future usine prévoit d’assembler plus d’une vingtaine de dirigeables. Un premier vol d’essai est programmé d’ici fin 2022 et la commercialisation est prévue à horizon 2025.

Ces trois visions, différentes mais complémentaires, de ce que peuvent apporter les ballons de dernière génération illustrent le potentiel de cette technologie remise au goût du jour. Bien accompagnées par les chercheurs du CNES et les financements publics, nos entreprises pourront jouer leur rôle de meneurs et devenir des références mondiales sur ce nouveau marché.

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