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Uber vient-il de tuer la voiture autonome ?

par Cécile Chevré
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Uber vient-il de tuer la voiture autonome ? C’est en tout cas l’idée qui se répand dans la presse depuis l’annonce d’un premier accident mortel impliquant une voiture autonome.

Dimanche 18 mars, un véhicule autonome d’Uber renversait, à Tempe en Arizona, une piétonne, faisant d’elle une involontaire célébrité : la première personne tuée par une voiture sans pilote. Célébrité dont elle se serait évidemment bien passée.

Ce n’est pas la première fois qu’une voiture autonome est impliquée dans un accident – on en compte des centaines depuis le début des expérimentations sur les routes – mais c’est la première fois qu’il débouche sur un décès.

L’enquête sur les circonstances précises de l’accident sont en cours. Difficile donc pour l’instant de se prononcer sur la part de responsabilité de l’humain et de la machine dans ce décès. La vidéo qui a été diffusée par la police à partir des caméras embarquées dans le véhicule d’Uber semble montrer une collision presque impossible à éviter, même par un conducteur humain. Cependant, et selon les premiers rapports, le véhicule d’Uber roulait un peu au-dessus (5km/h) de la vitesse autorisée à cet endroit.

La fin de la voiture autonome ?

Reste que les journaux se sont emparés de l’histoire dénonçant les limites de la voiture autonome, ses défaillances, et allant même jusqu’à prédire son arrêt.

« Comment l’Arizona est devenu ‘le Far West des voitures autonomes‘ », titre Les Echos.
« Une voiture dangereusement autonome« , explique Le Figaro.
« Loi, responsabilité, éthique… La voiture autonome pose question« , selon Le Vif.
« Uber : un accident mortel dans l’Arizona pointe les limites de la voiture autonome« , pour Marianne.
« Une voiture autonome tue un humain« , annonce lapidaire ICTjournal.
« Les voitures autonomes pourraient subir un ‘revers important’ après la mort tragique d’une femme renversée par un véhicule autonome d’Uber« , pour Business Insider.

Plusieurs constructeurs ont d’ailleurs, dans la foulée, annoncé une suspension provisoire de leur programme d’essais de voiture sans pilote.

C’est, par exemple le cas nuTonomy qui a suspendu ses tests menés à Boston ou encore de Toyota qui a déclaré à Bloomberg : « Parce que nous avons le sentiment que l’incident peut avoir des conséquences émotionnelles sur nos conducteurs, il a été décidé de cesser temporairement ses tests les plus avancés sur les routes publiques« . En effet, la plupart des essais de conduite autonome – dont celui d’Uber impliqué dans l’accident de lundi – inclus la présence d’un conducteur humain qui peut reprendre le contrôle du véhicule en cas de besoin.

Toyota ajoutait : « Nous ne pouvons spéculer sur les causes de l’incident ou ses implications sur l’avenir de la conduite autonome« .

Est-ce donc la mort prématurée de la voiture autonome ? Son retour – définitif – au parking de l’histoire ?

La machine tueuse

Bien, commençons par un peu de cynisme ou de réalisme : cet accident était inévitable. La plupart des constructeurs mènent en ce moment même des essais grandeur nature lâchant des centaines de voitures autonomes sur les routes américaines mais aussi japonaises, chinoises, allemandes, ou même françaises. C’est le cas d’Uber, de Toyota, de Tesla, de Ford, de General Motors, de Nissan ou encore de Google.

Plus ces véhicules sont nombreux et plus le risque d’accident augmente. C’est statistique.

Si ce décès avait impliqué deux êtres humains (dont un au volant d’une machine), il aurait au mieux été mentionné dans la presse locale. Si l’accident de dimanche dernier fait la une dans le monde entier, c’est qu’il est une première mais aussi parce qu’il réveille une peur plus ou moins sous-jacente et extrêmement répandue : celle de la machine tuant un humain.

Oui, cela fait peur. Oui, cela fait penser à un scénario de science-fiction qui réveille de vieilles terreurs. Il faut bien le reconnaître, le meurtre d’un humain par un autre être humain est bien plus socialement accepté qu’un meurtre par un « autre », que cet autre soit une créature imaginaire (zombie, vampire, extra-terrestre) ou plus simplement un animal, un robot… ou une voiture autonome. A croire que seuls les humains ont le droit de tuer des humains…

Voilà donc qui explique en grande partie le battage autour de cet accident. Et qui explique que certains en appellent à l’arrêt des voitures autonomes.

Ce phénomène psychologique ne doit cependant pas nous empêcher de poser quelques questions : les voitures autonomes sont-elles vraiment prêtes à prendre la route ?

Machine vs. humain, qui est le plus sûr ?

Les partisans de la voiture autonome insistent justement sur le fait que ces véhicules seront bien plus sûrs que les Fangio du dimanche. Les statistiques des incidents liés aux voitures autonomes sont donc épluchés en détail.

Personnellement, je me sens prête à faire confiance à une machine, qui ne boit pas, n’est pas irritée, n’est pas fatiguée, n’a pas eu une mauvaise journée, n’a pas envie de prouver sa virilité sur le bitume, n’a pas un instant d’inattention, en regarde pas son smartphone, ou ne s’endort pas.

Une étude publiée par Kara Kockelman, professeur en ingénierie du transport à l’Université du Texas, rappelle que 90% des accidents de la route ont pour origine une erreur humaine. Et que 40% des accidents mortels sont dus à des facteurs comme l’alcool, la drogue, la fatigue, etc. du conducteur.

Toujours selon le rapport de Kara Kockelman, si 10% des voitures en circulation étaient autonomes, ce sont plus de 1 100 vies qui seraient épargnées, sur les environ 35 000 accidents mortels annuels liés à la route aux Etats-Unis. Un rapport publié par Exton Consulting estime quant à lui que les voitures autonomes permettront une baisse de 50% des accidents mortel d’ici 2030.

Les obstacles à la voiture autonome

D’ici là, les différentes technologies qui équipent les voitures autonomes en particulier les caméras embarquées, les radars et les LiDAR – qui sont censés repérer les obstacles même dans l’obscurité – devront encore faire leurs preuves. Le véhicule d’Uber était équipé de ces détecteurs, et l’enquête permettra de savoir s’ils ont fonctionné correctement, ou pas.

L’accident de lundi dernier va obliger les constructeurs à s’assurer de l’efficacité à toutes épreuves de ces véhicules, dans tous les environnements, et dans toutes les conditions météorologiques.

Car les premières voitures autonomes pourraient rapidement faire leur apparition « officielle » sur les routes. Google prévoit de lancer dès cette année ses taxis autonomes Waymo à Phoenix (cette vidéo montre la réaction des premiers utilisateurs).

La société française Navya a quant à elle prévu de commercialiser son Autonom Cab, un taxi électrique et autonome, dès le troisième trimestre de cette année. General Motors, comme nombre d’autres constructeurs, misent quant à eux sur une commercialisation l’année prochaine. Et selon les chiffres du Boston Consulting Group, en 2030, près d’un quart des déplacements pourraient se faire via un véhicule autonome partagé (taxi, bus, voiture partagée, etc.).

Les constructeurs vont aligner les chiffres et les démonstrations pour – et c’est un enjeu crucial – rassurer les potentiels utilisateurs et les pouvoirs publics. Google rappelle ainsi que sa voiture autonome est étudiée depuis 2009, et qu’elle a, à ce jour, parcouru plus de 5,5 millions de kilomètres de routes.

Ces démonstrations seront-elles suffisantes pour convaincre les utilisateurs ? Selon l’étude du Boston Consulting Group, 58% des personnages interrogées dans différents pays seraient prêtes à prendre place dans une voiture complètement autonome, et 69% dans un véhicule partiellement autonome.

bcg

Et puis il faudra aussi résoudre l’autre grande question de sécurité : celle du piratage de ces voitures. Nous aurons certainement l’occasion d’en reparler dans la Quotidienne.
[NDLR : Et vous avez déjà celle d’y investir grâce à ce spécialiste de la cybersécurité des voitures connectées et des voitures autonomes. Une recommandation de Ray Blanco dans NewTech Insider…]

Alors, Uber vient-il de tuer la voiture autonome ? Certainement pas, mais peut-être de rappeler à tous que ces véhicules ont encore besoin de faire leurs preuves sur quelques millions de km supplémentaires.

Et de mon côté, je fais partie des 58% qui seraient prêts à se laisser conduire par une voiture sans pilote…

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