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UiPath rapporte 220 000 % à ses investisseurs

par Arthur Toce
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[L’information est passée relativement inaperçue… Sans doute l’entreprise n’est-elle pas assez française pour que nos médias s’y intéressent. C’est regrettable, car UiPath est sans doute l’une des plus belles success stories de la tech européenne. En cinq ans, elle a rapporté +220 000 % à ses primo-investisseurs. La raison ? Son cœur de métier, la robotisation automatisée, est en pleine expansion… Petit tour d’horizon.]

Cette IPO est sans doute l’une des plus belles réussites de l’année. En avril dernier UiPath a fait ses premiers pas boursiers sur le New York Stock Exchange (NYSE) sous le ticker PATH. Introduite à 56 $, l’action a bondi dès le premier jour de cotation à 75 $. Aujourd’hui, la petite startup pèse environ 35 Mds$.

En cinq ans, UiPath a rapporté +220 000 % à ses primo-investisseurs

Nous pouvons nous réjouir de ce succès. Il est énorme. Et il est européen. Mais, et il faut bien le reconnaître, ce sont surtout les venture capitalists européens – Earlybird, Seedcamp et Credo Ventures – qui se frottent les mains. Ils viennent de réaliser le braquage de banque le plus parfait depuis de nombreuses années : un retour sur investissement de 220 000 % en cinq ans !

Le chiffre est impressionnant et extrêmement rare. Seules quelques rares boîtes américaines ont gratifié leurs investisseurs de tels retours.

RPA : construisez le robot qui vous remplacera

UiPath est un des champions mondiaux de la RPA (Robotic Process Automation), c’est-à-dire la robotisation automatisée. Pour faire simple, il s’agit de déléguer à un programme (un robot) un processus afin de l’automatiser au maximum. L’objectif est clair : réduire les tâches chronophages quelles qu’elles soient.

Ce marché est considérable. Des centaines de millions d’employés, à travers le monde, perdent du temps sur des tâches automatisables. Vous vous dites peut-être que c’est une horreur et que cela va détruire des milliers d’emplois. C’est probable mais, en libérant de nombreuses personnes de tâches répétitives et ennuyeuses, cela va sans doute en créer également beaucoup d’autres.

Les tâches automatisables sont aussi diverses que variées : les centres d’appel, les démarches légales, l’étude de CV et la gestion RH, la gestion de la comptabilité, etc. Pour les entreprises, le gain peut être phénoménal. Même si l’on n’économise que quelques dizaines de minutes par jour, le gain de productivité rapporté à l’année est massif.

Le marché est d’autant plus important qu’il traverse tous les secteurs d’activités. Gartner indiquait en septembre que le marché de la RPA devrait croître de 19,5 % en 2021 pour atteindre les 2 Mds$. Cela peut paraître encore petit mais nous n’en sommes sans doute qu’au début. Le bureau d’analyses estime que la croissance devrait demeurer supérieure à deux chiffres au moins jusqu’en 2024 et certains estiment que le marché pourrait s’élever à 60 Mds$ à long terme.

UIPath, champion de l’automatisation

Et le champion de cet univers est l’entreprise européenne UiPath ! Dans la présentation de l’entreprise, la direction met en avant quatre secteurs qui illustrent sa croissance phénoménale :

  • dans le secteur pharmaceutique, les revenus ont été multipliés par 32 en deux ans ;
  • dans le secteur logistique, les revenus ont été multipliés par 6 en trois ans ;
  • dans une agence du secteur public canadien, les revenus ont été multipliés par 69 en deux ans ;
  • et, chez un constructeur automobile, les revenus ont été multipliés par 4 en deux ans…

En fait, tout repose sur deux piliers. D’un côté, en toile de fond et sans bruit, des applications de machine learning suivent le travail des salariés pour détecter des tâches automatisables. De l’autre côté, il n’est pas nécessaire de coder pour automatiser des processus, les ordres se transmettent à l’application par simple glisser-déposer.

Le coup de génie d’UiPath repose sur son approche

Mais le coup de génie d’UiPath tient sans doute à son approche qui met l’utilisateur au centre. Car, oui, ce sont les utilisateurs “métier” qui vont programmer ce qu’ils veulent automatiser. En novlangue 2.0, ces utilisateurs sont appelés “citizen developpers”.

La force d’UiPath tient également à sa capacité à se déployer dans une multitude d’environnements. L’entreprise a ainsi su convaincre 8 000 clients, dont 63 % de la liste Fortune Global 500. Des entreprises aussi diverses que Bank of America, Adobe, Toyota ou encore EDF utilisent ses services.

Quadrant Gartner de l’automatisation des tâches

Quadrant Gartner de l’automatisation des tâches (juin 2020)
UiPath est le leader au coude-à-coude avec Automation Anywhere
Source : Gartner

 

Nous pouvons nous réjouir de cet IPO. Mais voyons un peu, comment l’entreprise est parvenue jusque-là. Pour le comprendre, un petit détour par la Roumanie s’impose.

La Roumanie, pôle R&D de l’Europe qui monte !

UiPath a suivi un modèle de développement assez unique. Fondée par des Roumains, elle a pourtant toujours eu une jambe aux USA. Plus précisément, si la R&D est toujours restée en Roumanie, la structure commerciale et la direction ont été installées aux Etats-Unis.

Pour UiPath, la stratégie a donc été de profiter des avantages qu’offrent la Roumanie, tout en se concentrant sur la vente de ses services aux Etats-Unis, marché le plus important à sa portée.

La Roumanie est un pays peu cher, mais ce n’est pas la raison de l’implantation d’UiPath. La main-d’œuvre y est surtout très qualifiée. L’URSS avait fait de ce pays une base technique et la Roumanie a gardé un système éducatif dans lequel la science occupe une place fondamentale.

Pour tout investisseur tech, la Roumanie est un pays à suivre de très près

Suite à la chute du mur, beaucoup de Roumains hautement qualifiés ont émigré ailleurs dans le monde. Et aujourd’hui, comme dans d’autres pays comme l’Inde, des personnes qui ont réussi à l’étranger veulent retourner dans leurs pays pour aider à son développement.

C’est le cas de Daniel Dines, qui fit ses études à Bucarest avant d’aller travailler pour Microsoft à Seattle. Il est ensuite revenu au pays à la fin des années 2000 pour y fonder UiPath. Il est aujourd’hui l’homme le plus riche de Roumanie. Sa fortune est estimée à 1,9 Md$.

La qualité de l’enseignement local garantit de futures générations hautement qualifiées sur les postes techniques.

Autre avantage de la Roumanie, après les difficultés économiques nées de la crise financière, sa croissance reprend de façon très vigoureuse, ce qui donne un environnement propice avec une stabilité accrue et attirent les investissements.

Globalement, on voit énormément de belles startups sortir de Roumanie et je vous assure que, pour tout investisseur tech, c’est un pays à suivre de très près.

La décacorne (une licorne qui vaut plus de 10 Mds$) UiPath est désormais le parangon emblématique de la Roumanie. Mais je pense que d’autres belles entreprises roumaines suivront…

 

PIB Roumanie 1985 20225

PIB roumain depuis 1985 et projection jusqu’en 2025

 

Peut-on espérer une mafia à l’européenne ?

Il faut noter que la majorité des startups roumaines se concentrent sur le BtoB, ce qui est assez nouveau mais signe à mon avis un changement dont l’effet d’entraînement est assez important.

L’Europe a réussi à devenir leader dans l’univers des fintechs, même si elle se fait actuellement rattraper par la puissance d’innovation et de passage à l’échelle (scale) des entreprises américaines.

Nous n’aurons peut-être jamais le prochain Facebook, mais nous aurons sûrement le prochain Oracle ou Salesforce.

En effet, notre diversité linguistique nous prive d’un grand marché unifié et désavantage le scale initial des entreprises par rapport à la Chine ou aux Etats-Unis. C’est un désavantage qui est moins vrai dans le BtoB, où au contraire l’Europe peut faire plus d’intégrations.

Depuis longtemps, les acteurs européens de la tech le disent, ce qu’il manque à l’écosystème européen c’est la présence de “méga-deals”. Une société européenne qui réussirait à percer au niveau mondial redistribuerait énormément de capital à ses salariés et investisseurs.

Un capital que les investisseurs et les salariés chercheraient à investir ailleurs. Il serait alors possible de déclencher ce qu’on nomme une “mafia”, sur le modèle de la “mafia PayPal” qui irrigue tout le système américain.

La mafia PayPal désigne tous ceux qui sont passés par PayPal et s’y sont enrichis. Parmi eux, on compte notamment Elon Musk et Peter Thiel et il est surprenant de voir tout ce qu’ils ont financé à un niveau ou un autre : YouTube, OpenAi, Square, Yammer, Uber, LinkedIn, Postmates, Pinterest, SolarCity, Stripe, Palantir, Lyft, Udemy, 21 Inc, Quora, Wish, Eventbrite, etc.

Les anciens d’une grande réussite européenne irrigueraient certainement à long terme l’écosystème à la manière dont l’on fait les anciens de PayPal.

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