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Ukraine : une crise peut en cacher une autre

par Cécile Chevré
partenariat trans-pacifique espace

Les multiples rebondissements, tenants et aboutissements de la crise ukrainienne sont révélateurs d’un pays politiquement, culturellement et économiquement tiraillé entre deux grandes sphères d’influence, celle de la Russie et celle de l’Europe.
Union européenne contre Russie ?
Commençons par un rapide rappel des récents bouleversements politiques du pays :
2004 : Après la réélection très contestée de Ianoukovitch (déjà lui), la révolution orange, menée par Viktor Iouchtchenko et Ioulia Tymochenko, prend le pouvoir. Le nouveau gouvernement, plus libéral, s’ouvre clairement à l’Europe et l’Occident en général.
Mais les conséquences de la crise de 2008 affaiblissent encore plus une économie déjà minée.
2010 : Retour de Ianoukovitch au pouvoir. L’Ukraine est alors prise entre les intérêts européens et russes. Toute la situation de l’Ukraine ne se résume pas à ce jeu d’influence mais force est de reconnaître que la lutte entre l’Europe et Moscou se cristallise autour de l’Ukraine et des ex-pays soviétiques depuis plusieurs années.
Des deux côtés, les intérêts économiques sont d’importance. Malgré le rapprochement politique de l’Ukraine avec l’Europe depuis la révolution orange, les intérêts économiques russes sont encore bien présents dans le pays, ne serait-ce qu’à cause de la dépendance ukrainienne au gaz russe. Le pays importe en effet 58% de sa consommation de Russie. Or ce moyen de pression a été déjà utilisé plusieurs fois par Moscou pour se faire entendre, aussi bien en 2006 qu’en 2009.
Ensuite, la Russie a clairement des ambitions sur la région et tout particulièrement sur les anciennes républiques soviétiques. Moscou essaie ainsi de convaincre l’Ukraine de rejoindre qui souhaite l’Union douanière comprenant déjà la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan.
Face à cette influence russe, l’Ukraine a aussi ces dernières années été courtisées par l’Europe. L’Ukraine a ainsi intégré le Partenariat Oriental de l’UE, un accord signé en 2009 avec l’Ukraine, donc, mais aussi l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie et la Moldavie. En jeu : des aides financières mais aussi divers accords économiques tels que des accords d’association, des accords de libre-échange et une coopération dans divers secteurs dont celui de l’énergie. L’objectif de ce partenariat est très clairement de contrer la puissance de Moscou. Pour l’Ukraine, ce partenariat ouvre en outre la possibilité d’une demande d’adhésion à l’UE.
Depuis quelques mois, les pressions entre ces grandes forces en présence se sont accentuées jusqu’à ce qu’en novembre dernier, Ianoukovitch annonce la rupture des négociations avec l’UE. Une décision qui a participé au regain de contestation contre le président ukrainien.
Ianoukovitch s’est laissé convaincre par Moscou qui lui a promis non seulement une baisse du prix du gaz (et au vu des températures qui peuvent être atteintes dans le pays en hiver, le côté décisif du prix du chauffage est évident) mais aussi une aide financière.
Crise économique rencontre crise politique
Car le pays se débat dans une importante crise économique. La croissance a été nulle en 2013 et les récents événements ainsi que la chute de la consommation rend improbable le précédent objectif d’une croissance de 1,2% cette année. Les exportations du pays (essentiellement métallurgiques) ont pâti de la faible demande des principaux partenaires commerciaux du pays (Europe et Russie). En outre, le prix des principales importations du pays (gaz et pétrole) sont restés élevés.
L’Ukraine s’est aussi fortement endettée. Dans les 12 mois à venir, le pays devra rembourser 66 milliards de dollars alors que ses caisses sont vides.
Pour ne rien arranger, les réserves de change du pays ont fondu comme neige au soleil (passant de 17,8 milliards de dollars en décembre dernier à 2,6 milliards de dollars actuellement). La banque centrale ukrainienne n’a donc plus les moyens de soutenir sa monnaie, qui a chuté de 20% face au dollar depuis fin 2013.
Aujourd’hui, l’Ukraine est dos au mur. Sur les 15 milliards de dollars promis par la Russie, seuls 3 milliards ont été versés, le reste étant suspendu par Moscou qui désapprouve (et le mot est faible), la destitution de Ianoukovitch.
On assiste à un véritable phénomène de bank run – les liquidités fuyant les banques du pays, accentuant encore leur fragilité. Les retraits ont d’ailleurs été fortement limités pour contenir le mouvement. Dans les semaines qui viennent, on devrait donc mesurer les conséquences réelles de la crise bancaire ukrainienne sur les banques russes (très impliquées dans le pays) mais aussi européennes qui y sont aussi présentes.
Si l’UE, le FMI et les Etats-Unis semblent bien décider à soutenir financièrement le pays mais l’intervention militaire russe en Crimée – et le scénario d’une scission en deux du pays – complique encore le tableau.
Quand les marchés prennent conscience de ce qui se passe en Ukraine
Les Bourses mondiales, après avoir ignoré les troubles politiques ukrainiens ces dernières semaines, accusent le coup depuis une petite dizaine de jours avec la montée des tensions politiques entre, pour résumer à traits très grossiers, le bloc occidental et la Russie.
Du côté des actions, les valeurs les plus exposées à l’Ukraine et à la Russie sont évidemment en première ligne. Parmi elles, la Société Générale ou encore Renault. La Société générale avait en effet accru sa participation en novembre dernier dans la banque russe Rosbank. Pas de chance.
Et comme dans toutes périodes de crise, les investisseurs se ruent vers les valeurs refuge, dont l’obligataire refuge (bons du Trésor, obligations allemandes…), l’or et le pétrole. Vous le savez, le pétrole est prompt à s’enflammer en cas de tensions géopolitiques en Europe ou au Moyen-Orient. Flambée qui est généralement de courte durée. Mais à plus long terme, c’est le cours d’une autre énergie, le gaz, qui risque de faire les frais des tensions entre la Russie et l’Occident.
Je vous propose de poursuivre cette analyse dès demain, en nous concentrant sur les conséquences aussi bien sur le secteur de l’agriculture (l’Ukraine est un des principaux exportateurs de maïs et de blé de la planète) que sur celui de l’énergie.

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1 commentaire

Crise ukrainienne : quelles conséquences sur vos investissements ? | La Quotidienne de la Croissance 12 mars 2014 - 13 h 30 min

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