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Une centrale solaire australienne pour alimenter Singapour

par Etienne Henri
solaire singapour australie

Qui a dit que les énergies renouvelables devaient se cantonner à un rôle secondaire ?

Cette industrie entre dans l’ère de la rentabilité économique

Prenant à contre-pied l’habitude européenne qui consiste à multiplier les installations de panneaux photovoltaïques sur les toits des maisons, créant autant de mini-sites de production de puissance négligeable, l’Australie et Singapour se lancent dans un projet titanesque pour transporter de l’électricité d’origine solaire entre les deux pays.

Le projet Sun Cable, porté par les milliardaires Mike Cannon-Brookes et Andrew Forrest, devrait faire sortir de terre la plus grande usine solaire du monde. Installée en Australie, dans le Territoire du Nord, ce site a pour ambition de faire sauter tous les verrous technologiques qui empêchent la démocratisation de cette énergie propre.

Le projet de tous les superlatifs 

Sun Cable n’est pas une énième installation photoélectrique : c’est une véritable preuve de concept qui permettra de faire entrer la production d’énergie électrique solaire dans une dimension industrielle.

site Sun Cable

Sun Cable espère jouer dans la même cour que les plus grosses centrales nucléaires.
Ici, le site pilote. Crédit : Sun Cable

La future installation répond point par point aux objections habituellement soulevées par les détracteurs de l’énergie solaire.

Les centrales solaires ont une puissance négligeable par rapport à une vraie centrale électrique.

Sun Cable installera en Australie des panneaux solaires capables de générer 10 gigawatts (GW) électriques. Cette puissance de crête représente plus de six fois celle de la plus grande centrale photovoltaïque au monde (1,5 GW dans le désert de Tengger en Chine) ; et plus de cinq fois la puissance du site nucléaire de Fessenheim (1,8 GW).

L’énergie électrique propre ne peut être consommée que localement.

L’électricité produite par Sun Cable n’a pas vocation à être consommée en Australie, mais à Singapour. La cité-Etat, qui dépend aujourd’hui en quasi-totalité du gaz naturel pour sa production d’électricité, est fortement intéressée par cette source d’énergie aux coûts connus d’avance et non polluante. Les lieux de consommation et de production sont séparés par quelque 3 700 kilomètres ? Qu’à cela ne tienne : un câble sous-marin à très haute tension sera construit pour acheminer l’électricité. Pour assurer une fiabilité totale, la construction d’un second câble de secours est même envisagée.

L’intermittence des énergies renouvelables les rend inutilisables à grande échelle.

Pour compenser l’inévitable aspect cyclique de la production (même en Australie, le soleil a pour habitude de se coucher quotidiennement), Sun Cable a prévu d’installer une unité de stockage par batteries. Une fois encore, la démesure sera de mise : la capacité de stockage prévue est de 30 GWh. A titre de comparaison, les plus grandes fermes solaires actuelles ne peuvent stocker que quelques centaines de mégawatts-heure (MWh) d’énergie, soit cinquante fois moins que ce qui est prévu sur le futur site.

Malgré ces chiffres hors norme, le projet Sun Cable reste économiquement réaliste. Son coût total devrait être de seulement 20 Mds$. Cette somme représente moins du double du budget de l’EPR de Flamanville alors que sa puissance sera près de quatre fois supérieure et ce, sans les inconvénients de l’énergie nucléaire.

Quand le renouvelable devient rentable

Le temps est venu d’engranger les bénéfices

Comme toutes les innovations technologiques, la production d’électricité solaire a suivi un cycle de démocratisation des plus classiques. Les premiers sites de production avaient un bilan énergétique et économique négatif. Dans un second temps, leur bilan énergétique net est devenu positif et les projets, quoique très dépendants des subventions publiques, se sont multipliés.

Cette industrie atteint désormais son point d’inflexion et entre dans l’ère de la rentabilité économique. Dès lors qu’une telle installation rapporte plus qu’elle ne coûte, les entrepreneurs ont intérêt à aller vers le gigantisme pour maximiser leurs gains.

Ce n’est donc pas une surprise si le P-DG David Griffin a indiqué “n’avoir aucune intention de ne faire [ce projet] qu’une fois”. Il prévoit de multiplier les installations en Australie pour valoriser au mieux la ressource solaire du Territoire du Nord, et décliner son concept de méga-usines en fonction des spécificités locales. En Nouvelle-Zélande, Griffin compte installer des fermes équivalentes basées sur l’énergie éolienne.

P-DG Sun Cable David Griffin,

Le P-DG de Sun Cable, David Griffin, rêve de faire sortir de terre plusieurs méga-centrales électriques d’ici quelques années. Crédit : Sun Cable

Signe que ces projets ne sont pas que la lubie d’une équipe d’entrepreneurs optimistes, Sun Cable a déjà inspiré d’autres startups. Austrom Hydrogen, également basée en Australie, a annoncé fin juin avoir lancé un projet similaire. Doté d’une puissance de 4,6 GW, sa ferme solaire aura pour particularité de produire de l’hydrogène qui pourra être utilisé pour la mobilité propre.

La multiplication de ces programmes nous signale sans ambiguïté que l’énergie solaire a passé son tipping point, selon la formule utilisée par les investisseurs dans les nouvelles technologies. L’ère des plâtres à essuyer est terminée – le temps est maintenant venu d’augmenter la cadence pour engranger les bénéfices.

Pour en savoir plus : https://www.suncable.sg

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1 commentaire

DeCooman 8 septembre 2020 - 18 h 14 min

Très intéressant mercredi

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