Accueil Energies et transportsDrones & futur de l'aéronautique Universal Hydrogen : les anciens dirigeants d’Airbus passent à l’hydrogène

Universal Hydrogen : les anciens dirigeants d’Airbus passent à l’hydrogène

par Etienne Henri
aviation civile hydrogène airbus

[Universal Hydrogen s’installe à Toulouse, au plus près d’Airbus… Ce rapprochement géographique n’a rien d’anodin pour cette startup US qui compte à son bord quelques anciens champions d’Airbus (justement). Mais, attention, la jeune pousse n’a rien d’un copycat et n’a pas l’intention de faire du Airbus. L’idée ? Décarboner le transport aérien via l’hydrogène. Une simple étape pour Universal Hydrogen dont les ambitions vont bien au-delà de l’aviation zéro carbone…]

Universal Hydrogen fait partie de ces startups qui savent s’entourer

Le choix du site d’une succursale à l’étranger est toujours un symbole fort. La startup américaine Universal Hydrogen, qui a pour ambition de décarboner le transport aérien, a choisi Toulouse pour implanter son nouveau bureau d’études européen. Installée à quelques pas des locaux d’Airbus et d’ATR (co-entreprise d’Airbus et de Leonardo spécialisée dans l’aviation régionale), elle s’approche de l’épicentre de son marché-cible.

La jeune entreprise, encore peu connue, s’est fixée pour objectif de réduire à zéro les émissions de CO2 de l’aviation civile. Le pari semblerait totalement irréaliste si Universal Hydrogen n’était pas accompagnée par les plus grands noms du transport aérien et n’avait pas convaincu, quelques mois après sa naissance, des anciens dirigeants d’Airbus de rejoindre l’aventure…

Les anciens d’Airbus convertis à l’hydrogène 

Universal Hydrogen fait partie de ces startups qui savent s’entourer des talents nécessaires à leur succès. Cofondée en 2020 par Paul Eremenko, un ancien d’Airbus et d’United Technologies, et John-Paul Clarke, professeur d’ingénierie aérospatiale à l’Université du Texas d’Austin, l’entreprise a su se constituer une équipe de choc.

Elle a à son board Tom Enders, qui fut président d’Airbus de 2007 à 2012 avant de succéder à Louis Gallois à la présidence exécutive d’Airbus Group à partir de 2012. Tout juste parti à la retraite en 2019 – avec il est vrai un confortable package de 36 M€ –, Tom Enders n’est pas resté longtemps inactif puisqu’il a décidé de rejoindre Universal Hydrogen en fin d’année dernière.

Portait Tom Enders Airbus

Universal Hydrogen : une jeune pousse dont les membres ne sont pas nés de la dernière pluie.
Ici, Tom Enders (Photo : Airbus)

Il est désormais accompagné de son ancien directeur des ventes, John Leahy. L’homme connu dans l’industrie pour avoir « vendu 16 000 Airbus » a lui aussi quitté sa retraite, prise en 2017, pour rejoindre l’aventure Universal Hydrogen.

Pour ces anciens dirigeants d’Airbus, l’ouverture du bureau toulousain sera l’occasion d’un retour aux sources qui permettra de faire jouer à plein leur réseau. Dans un marché de l’aviation civile connue pour sa prudence (pour ne pas dire son inertie), la présence de ces grands noms est un gage de sérieux nécessaire pour décrocher les premiers contrats.

Les carnets d’adresses d’Enders et Leahy ne sont d’ailleurs certainement pas pour rien dans les premiers succès commerciaux de la startup. Alors que les premiers vols ne devraient pas avoir lieu avant 2025, Universal Hydrogen a déjà signé deux lettres d’intention avec Icelandair et la compagnie espagnole Aer Nostrum.

Zéro carbone : une évolution étape par étape 

La stratégie d’Universal Hydrogen est l’inverse de celle suivie par Airbus, et jure avec les habitudes de cette industrie conservatrice. Tandis que l’avionneur prépare une aile volante, un avion à turbopropulseur, et même un avion à turboréacteur (comme son A320neo) fonctionnant à l’hydrogène liquide mais dont la date de sortie et même la faisabilité technique restent hypothétiques, Universal Hydrogen compte décarboner à petits pas l’aviation civile.

Le premier produit de l’entreprise sera un des kits de conversion associant des moteurs électriques couplés à une pile à hydrogène qui permettra de mettre à jour des appareils légers vers une motorisation propre. De petits avions comme les ATR (avions de transport régional) ou les Dash-8 (produits par De Havilland Aircraft Company), utilisés sur les lignes régionales et embarquant une cinquantaine de passagers, sont des candidats idéaux à la rénovation.

gamme ATR

Les ATR seront des modèles faciles à décarboner
Photo : CreativeCommons

Universal Hydrogen compte décarboner à petits pas l’aviation civile

Il suffira de remplacer leurs moteurs par une propulsion électrique tout en conservant la carlingue et l’avionique d’origine. Pour l’alimentation en carburant propre, des capsules d’hydrogène sous pression – à la façon des dosettes de café Nespresso – seront livrées dans les aéroports. Cette organisation permettra aux futurs clients de ne pas être dépendants d’une quelconque infrastructure locale de production ou de stockage d’hydrogène. Les capsules étant fabriquées et rechargées sur des sites tiers.

Pour faciliter l’adoption de sa motorisation propre, Universal Hydrogen prévoit de commercialiser dans un premier temps des réservoirs d’hydrogène gazeux, et non liquéfié. Techniquement plus faciles à produire (l’hydrogène liquide devant être refroidi en permanence à -252°C) même si moins performants en termes d’énergie embarquée, ils ont le mérite d’utiliser des matériaux déjà bien maîtrisés par les industriels.

Le nouveau bureau d’étude toulousain sera, par la suite, chargé de travailler sur l’hydrogène liquide.

A la recherche du point d’équilibre 

A ce jour, rénover des avions comme les ATR pour en faire des transports propres reste une démarche vertueuse à fonds perdus. La mise à niveau coûte entre 3,5 M$ et 4,5 M$, soit environ 20 % du prix d’un appareil neuf. Au niveau des coûts de carburant, l’hydrogène vert (produit à partir de sources renouvelables) coûte jusqu’à 5 fois plus cher que le kérosène issu d’énergies fossiles. Un avion ainsi modifié perd environ 10 % des sièges du fait de l’espace nécessaire au stockage du carburant.

Reste que les contraintes réglementaires pourraient bientôt changer la donne et obliger les compagnies à décarboner leur offre de transport régional sous peine de pénalités dissuasives. Selon Paul Eremenko, fondateur de l’entreprise, le marché des ATR et Dash-8 restant à décarboner serait de plus de 1 600 appareils.

De quoi assurer un cash flow appréciable en attendant de toucher le gros lot : une inclusion des technologies maison dans les futurs Airbus ou Boeing… et pourquoi pas décliner ces technologies dans d’autres secteurs.

Le transport : le cheval de Troie d’Universal Hydrogen 

En se penchant sur la question du stockage de l’hydrogène par le prisme de l’aviation civile, Universal Hydrogen s’attaque à un sujet bien plus important qu’il n’y paraît.

En se penchant sur la question du stockage de l’hydrogène par le prisme de l’aviation civile, Universal Hydrogen s’attaque à un sujet bien plus important qu’il n’y paraît

L’hydrogène est un des composés les plus denses dont nous disposons pour stocker de l’énergie dans un poids donné : un kilogramme d’hydrogène contient autant d’énergie que trois kilogrammes de pétrole. En revanche, sa densité volumique est catastrophique s’il n’est pas compressé.

Actuellement, les équipes d’Universal Hydrogen assurent disposer de capsules d’hydrogène liquide capables de tenir plusieurs dizaines d’heures sans entretien. L’objectif de l’entreprise est de parvenir à les rendre « étanches » plusieurs centaines d’heures, soit plusieurs jours. Avions long-courrier, navires, et mêmes voitures, pourraient en être équipés et posséder la même autonomie que les véhicules à hydrocarbures, tout en étant rechargeables en quelques minutes.

En réalité, la problématique du stockage de l’hydrogène sous pression dépasse très largement le secteur de l’aviation régionale, et même du transport dans son ensemble. Le reste de l’industrie, les producteurs d’ENR, les bureaux et bâtiments d’habitation pourraient eux aussi s’équiper, dans un volume réduit, de solutions de stockage d’hydrogène liquide.

Parvenir à stocker de l’hydrogène liquide de façon économique, ce serait répondre une fois pour toute à la question de l’intermittence de production des énergies renouvelables. Quiconque trouvera le moyen d’y parvenir sera le futur roi de la transition énergétique.

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

2 commentaires

CASASNOVAS CLAUDE 29 septembre 2021 - 10 h 49 min

Ce sujet m’intéresse beaucoup et je tiens à suivre l’actualité

Reply
Després 2 octobre 2021 - 13 h 58 min

Très bon approche qui devrait trouver sa maturité vers 2030 …
Demain sera ce que l’on saura …

Reply

Laissez un commentaire