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Le véhicule électrique chinois à l’assaut de l’Europe

par Edern Rio
Xiaomi, XPeng, véhicules électriques chinois assault Europe

[La Chine fait maintenant trembler le marché automobile occidental. Après avoir inondé les marchés de produits à bas prix, voilà maintenant que le pays annonce sa volonté de proposer des véhicules électriques plus fiables et plus chers s’adressant aux classes moyennes et supérieures. Vers la fin du low cost du Made in China ?]

 

Depuis de nombreuses années, le consommateur occidental achète sans s’en soucier T-shirts, lave-linges et même téléphones portables Made in China. La prochaine étape sera-t-elle de rouler dans des voitures conçues et construites dans l’Empire du Milieu ?

Jusqu’ici, les constructeurs chinois n’avaient pas bonne presse en Occident. La qualité des véhicules, leur fiabilité et même leur sécurité ont longtemps été sujettes à caution.

 Pourtant, ces derniers temps, les constructeurs chinois se mettent à rêver à l’export de leurs véhicules en Europe. Signe que les choses ont bien changé depuis les années 2000, il n’est plus question aujourd’hui d’inonder le marché avec des véhicules thermiques à bas coût. Les entreprises misent désormais sur le futur de l’automobile, à savoir le véhicule électrique.

 

Pour preuve, Xiaomi a annoncé son intention de se lancer à son tour dans l’aventure. Le groupe, plus connu pour ses téléphones portables et autre gadgets électroniques, devrait ajouter bientôt à son catalogue une berline ou un SUV électrique. Son objectif ? Détrôner Tesla et son best-seller, la Model 3.

Au début des années 2000, les crash-tests de véhicules chinois selon les standards européens avaient de quoi refroidir les acheteurs potentiels. Image : Drive.com.au

Au début des années 2000, les crash-tests de véhicules chinois selon les standards européens avaient de quoi refroidir les acheteurs potentiels. Image : Drive.com.au

Le précédent XPeng

Depuis plusieurs années, la Chine est l’Eldorado du monde automobile. La croissance de sa classe moyenne, l’aspect statutaire du véhicule individuel et l’uniformité d’un marché de plus d’un milliard de personnes en font une cible de choix pour les constructeurs.

Alors que tous les fabricants occidentaux rêvent de devenir des références dans l’Empire du Milieu, l’inverse est également vrai : les marques chinoises lorgnent avec gourmandise sur le Vieux Continent et les Etats-Unis.

Vu d’Asie, notre pouvoir d’achat important, nos habitudes de consommation et nos subventions massives pour la mobilité propre sont autant de raisons de tenter de percer dans le marché du véhicule électrique occidental.

Depuis trois ans, la Chine a vu se multiplier les sorties de modèles très proches (quand il ne s’agit pas de véritables copies) des Tesla. XPeng (cotée à New York sous le symbole XPEV), dont le fondateur a reconnu avoir été « inspiré » par le travail d’Elon Musk, fait partie des marques n’ayant pas fait le pari de l’originalité.

Ses véhicules ont des lignes proches des Tesla, son Autopilot est similaire en tous points (un procès pour vol du code source lui a d’ailleurs été intenté par Elon Musk), et même le site web de précommandes était une copie parfaite de celui de Tesla.

Xiaomi, XPeng, véhicules électriques chinois assault Europe

Les XPeng G3 électriques s’inspirent largement des Tesla sur tous les points. Photo : XPeng EV

Les XPeng G3 électriques s’inspirent largement des Tesla sur tous les points. Photo : XPeng EV

 Cela n’a pas empêché l’entreprise de sortir des frontières protectrices de l’Empire du Milieu, où les lois sur le respect de la propriété intellectuelle et des brevets sont plus souples, et de tenter une incursion dans nos frontières.

En fin d’année dernière, XPeng a livré une centaine de SUV électriques à ses premiers clients norvégiens. Il s’agit de la première incursion européenne d’un constructeur chinois dans le marché du véhicule électrique moderne, et les chiffres de vente de 2021 seront des plus instructifs.

Il n’est, en effet, pas certain que les consommateurs du Vieux Continent se ruent sur ces SUV, car ils s’inspirent non seulement des caractéristiques techniques et du design des Tesla, mais aussi de leur prix. Le XPeng G3 est vendu à partir de 33 700 € contre 39 000 € pour une Tesla Model 3 originale – soit une copie vendue à peine 15 % moins chère que l’original.

Où est passé le low cost chinois ?

 Lors de ses annonces de début avril, le P-DG de Xiaomi Lei Jun a surpris les analystes lorsqu’il a confié que son groupe ne chercherait, lui non plus, pas à tirer à la baisse le prix de son futur véhicule électrique.

Avec une gamme prévue pour être vendue sur place entre 15 300 $ et 46 000 $, les futures voitures Xiaomi s’adresseront aux classes moyennes et supérieures de la population. C’est tout juste si l’entreprise parviendra à proposer des modèles sous la barre des 300 000 Yuans (38 000 €) qui permet aux clients de bénéficier des subventions à l’achat.

Ce positionnement s’explique certainement par la topologie actuelle du marché du véhicule électrique. Tesla continue de vendre, à flux tendu, ses Model 3 sur toute la planète et son succès fait des envieux.

Au premier trimestre 2021, la firme californienne a vendu plus de 184 000 voitures contre à peine 13 400 pour XPeng et 20 600 pour son concurrent Nio. Xiaomi semble prendre acte que le moyen/haut de gamme reste ce qui se vend le mieux, et s’engouffre, comme ses concurrents, dans ce segment pourtant déjà très occupé.

Pour se démarquer des nombreux clones de Tesla, Xiaomi a promis de valoriser son savoir-faire dans les objets connectés et les produits électroniques du quotidien. Les véhicules devraient donc être bardés d’aides à la conduite et intégrer des systèmes de purification d’air intérieur – un argument commercial qui pourrait faire mouche chez les conducteurs fortunés habitant dans des métropoles polluées.

Sur les réseaux sociaux, l’annonce de Xiaomi a toutefois été reçue avec peu d’enthousiasme. Le groupe s’était fait connaître en parvenant, dès 2011, à sortir des smartphones Android à très bas coût.

Le Xiaomi Mi 1, premier du nom, avait en effet été commercialisé à 1 999 Yuans seulement (254 €). A cette époque où les smartphones coûtaient facilement le double, voire le triple, ce fut le positionnement tarifaire qui permit à l’entreprise d’écouler ses produits, peu originaux mais au rapport qualité/prix imbattable, par millions.

Depuis 10 ans, Xiaomi s'est fait une réputation en proposant des smartphones aux caractéristiques moyen/haut de gamme à prix plancher. Ici, le Mi Mix 3 5G disponible pour quelques centaines d'euros. Photo : Xiaomi.

Depuis 10 ans, Xiaomi s’est fait une réputation en proposant des smartphones aux caractéristiques moyen/haut de gamme à prix plancher. Ici, le Mi Mix 3 5G disponible pour quelques centaines d’euros. Photo : Xiaomi.

Nombreux analystes attendaient donc avec impatience de voir Xiaomi reproduire cette performance sur le marché du véhicule électrique. Avec des berlines à moins de 10 000 €, le constructeur aurait certainement pu devenir une référence mondiale de l’automobile propre comme il a su le faire par le passé dans la téléphonie.

Las, la direction semble préférer rejoindre la cohorte des clones de Tesla au niveau des performances comme des prix. Un choix bien étonnant qui laisse un boulevard aux constructeurs européens qui s’engouffrent, eux, dans le créneau de l’électrique low-cost.

 

 

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