Accueil Internet & CommunicationsInfrastructures & Hardware Vente d’ARM : Apple en danger ?

Vente d’ARM : Apple en danger ?

par Etienne Henri

Le monde du semi-conducteur bruissait d’une folle rumeur cet été. ARM, la société à l’origine des processeurs qui équipent la quasi-totalité des objets connectés (du robot ménager au smartphone en passant par les caméras de vidéo-surveillance), serait à vendre.

De nombreux acheteurs potentiels ont été évoqués. Apple, qui utilise des processeurs ARM dans toute sa gamme de produits, était fortement pressentie pour racheter l’entreprise ; c’est finalement Nvidia qui a emporté l’affaire.

La vente a été officialisée le 13 septembre : pour 40 Mds$, le fabricant de cartes graphiques va devenir propriétaire de l’architecture ARM. Cette dernière, historiquement ouverte et offerte à quiconque voulait l’utiliser, va passer dans le giron d’une entreprise connue pour ses pratiques commerciales agressives.

La transaction sera finalisée dès que les autorités de régulation auront donné leur feu vert et ce rachat, d’une ampleur déjà remarquable dans l’absolu, va avoir des répercussions en cascade dans le monde de la Tech.

SoftBank devait rassurer ses actionnaires

Pour la direction de SoftBank, la vente du joyau ARM est avant tout une mesure d’urgence destinée à apaiser les actionnaires.

L’année dernière, l’entreprise s’empêtrait dans le dossier WeWork. Début 2020, elle enregistrait des pertes abyssales. Cet été, elle fut accusée par le Financial Times d’avoir procédé à des achats massifs d’actions des GAFAM. Si la tentative de manipulation des cours évoquée par certains reste hypothétique, il ne fait plus aucun doute que les produits dérivés achetés massivement durant l’été ont participé à la hausse brutale des cours du NASDAQ et à la nervosité qui a suivi (l’indice cède 11 % sur les deux premières semaines de septembre).

Les actionnaires attendaient leur PDG, Masayoshi Son, au tournant ; il a répondu à leurs doléances avec une opération on-ne-peut-plus classique sous forme de cession d’activité. Avec un prix de vente de 40 Mds$, l’affaire est belle pour Softbank : ARM avait été rachetée il y a quatre ans seulement pour 31,4 Mds$.

Sur le papier, la plus-value est substantielle. Mais la vente comporte quelques petites lignes à ne pas négliger. Les liquidités ne représentent qu’une part minoritaire de la transaction puisque seuls 12 Mds$ seront versés à SoftBank. La plus grosse partie de la rémunération (25 Mds$) se fera sous forme d’actions Nvidia dont le cours n’est pas gravé dans le marbre.

Il est donc trop tôt pour dire si Masayoshi Son a réalisé ou non un gain.

La rentabilité nette de l’opération d’achat-vente dépendra de la performance du titre Nvidia (NASDAQ:NVDA) dans le futur. En cédant ARM, SoftBank n’a donc pas significativement réduit les risques pris par ses actionnaires mais les a simplement transférés sur le dossier Nvidia.

La vente d’ARM à Nvidia met-elle Apple en danger ?

Lorsque SoftBank a laissé courir le bruit qu’ARM était à vendre, les premières rumeurs prêtaient à Apple l’intention de racheter l’entreprise. Avec un trésor de guerre se montant à plus de 200 Mds$, le rachat aurait été totalement indolore pour les comptes de l’entreprise.

Cette hypothèse avait du sens. Pour comprendre le pourquoi de la relation privilégiée entre la firme de Cupertino et la technologie ARM, il faut revenir à la naissance de cette dernière. Arm Ltd est née en 1990 sous forme de joint-venture entre Apple et Acorn Computers, qui possédaient chacune 43 % des parts de la nouvelle entreprise.

Ce n’est qu’en 1998, lors de son introduction en Bourse, que l’entreprise a pris le nom d’ARM Holdings et connu la croissance multi-sectorielle qui a fait son succès.

Les liens commerciaux et technologiques sont restés puissants entre Apple et ARM. Apple utilise des puces s’appuyant sur l’architecture éponyme dans tous ses iPhones, iPad, Apple Watch, et même bientôt au cœur de ses Macs. D’aucuns s’inquiètent désormais de l’extrême dépendance de la firme à la pomme envers cette technologie qui ne lui appartient pas.

Même si Apple ne contrôle plus directement ARM depuis 1998, le fait qu’elle soit cotée en Bourse puis la propriété exclusive de SoftBank garantissait une certaine neutralité dans l’attribution de licences. Avec le passage sous la coupe de Nvidia, le paysage concurrentiel est amené à changer. Les relations entre les deux entreprises sont connues pour être houleuses depuis plusieurs années, et le constructeur de cartes graphiques pourra être tenté d’utiliser sa nouvelle acquisition pour peser dans les négociations commerciales futures.

Ce risque, bien réel, ne doit pourtant pas être surestimé. La dépendance d’Apple aux technologies ARM ne date pas d’hier et le même débat avait eu lieu en 2016 lors du rachat par SoftBank. Certains pensaient alors qu’Apple n’aurait d’autre choix que de cesser d’utiliser les technologies ARM dans ses puces Ax qui faisaient déjà le succès de l’iPhone.

Il n’en fut rien. C’est d’ailleurs lorsque ARM appartenait à SoftBank qu’Apple a décidé d’abandonner les processeurs Intel au profit de l’architecture ARM dans ses ordinateurs. Ce changement majeur n’aurait jamais eu lieu s’il existait le moindre risque de perdre l’accès aux licences.

Il se murmure qu’Apple dispose, depuis toujours, d’une licence « à perpétuité » sur l’architecture ARM. Elle ne risquerait en aucun cas de se retrouver exclue même en cas de différents commerciaux avec Nvidia.

La position d’Apple n’est donc pas aussi précaire qu’il y paraît. Si le créateur de l’iPhone n’a pas pris la peine de sécuriser l’accès à cette technologie, c’est tout simplement parce qu’il n’en avait probablement pas besoin.

Reste, désormais, à régler la question à 40 Mds$ : ce rachat est-il une bonne affaire pour Nvidia ? Rendez-vous demain pour décortiquer cette transaction hors-norme du point de vue du constructeur de cartes graphiques.

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