Accueil A la une Vision Fund 2 remet de l’air dans la bulle des techs

Vision Fund 2 remet de l’air dans la bulle des techs

par Etienne Henri
Masayoshi Son

En toute modestie, Masayoshi Son voit son entreprise au cœur de l’innovation technologique mondiale. Image : Shutterstock.com.

108 Mds$ : c’est la somme que Masayoshi Son a promis d’investir dans les entreprises technologiques à fort potentiel.

108 Mds$, c’est plus de 10 fois le budget annuel de recherche et développement (R&D) de Toyota, plus de 16 fois celui de Sanofi et 255 fois le budget total de l’Agence nationale de la recherche française (ANR).

Le fondateur de SoftBank (JP3436100006 – 9984) n’en est pas à son coup d’essai. Il avait créé en 2016 le Vision Fund qui avait déjà été doté d’un budget de près de 100 Mds$.

Cette année, Masayoshi Son double la mise avec ce nouveau fonds sobrement baptisé Vision Fund 2. Il devrait lui permettre d’assouvir son ambition de posséder des participations dans tous les futurs leaders technologiques de demain.

SoftBank tire les leçons du premier Vision Fund

Il y a trois ans, le premier fonds avait attiré des entreprises technologiques privées comme Apple, Qualcomm et Foxconn, mais aussi des investisseurs plus sulfureux comme la société d’investissement du gouvernement d’Abou Dabi et le fonds souverain saoudien.

SoftBank a revu sa copie et modifié le panel d’investisseurs de Vision Fund 2. Signe des temps : l’Arabie saoudite, pourtant investisseur principal du fonds en 2016 avec 45 Mds$ injectés, est totalement absente de l’aventure. A contrario, SoftBank a promis cette fois-ci de mettre au pot pour 38 Mds$ de ses propres deniers.

Là où Vision Fund était un fonds international qui faisait fi des tensions politiques, Vision Fund 2 est plus consensuel. S’y retrouveront Apple, Microsoft et Foxconn. Tout au plus pourrons-nous être surpris de l’arrivée du fonds souverain du Kazakhstan. Cette nouvelle recrue sera sans doute la seule surprise quant à la répartition du capital.

Au niveau des investissements, Vision Fund 2 devrait se focaliser dans l’intelligence artificielle et la voiture autonome. Derrière ces quelques mots-clés à la mode se cache en fait une grande liberté : SoftBank se laisse toute latitude pour décider au cas par cas dans quelles entreprises investir. C’est cette grande marge de manœuvre qui a permis au premier fonds d’avoir des participations dans des actions de sociétés aussi variées que Slack, Klook, ARM, Nvidia et WeWork.

Vision Fund

La galaxie du Vision Fund 1 en novembre 2018. Source : Yahoo! Finance.

De l’air dans la bulle des techs 

Selon Bloomberg, l’objectif de Masayoshi Son serait désormais de garder le rythme et de constituer des fonds dotés d’une centaine de milliards de dollars tous les deux à trois ans.

En tant qu’investisseur particulier, la nouvelle n’est pas forcément des plus réjouissantes. Comme je vous le disais plus haut, les montants en jeu sont loin d’être négligeables par rapport au fonctionnement naturel de l’économie des nouvelles technologies. Certes, la présence au capital de grands noms comme les GAFAM fait qu’une partie de ces fonds n’est en fait qu’un “recyclage” d’argent dans le sens où il s’agit d’entreprises technologiques qui financent certaines de leurs consœurs.

Néanmoins, un déferlement de milliards dans un secteur particulier a toujours pour conséquence de brouiller les cartes et maintenir la confusion entre les entreprises saines et celles qui ne mériteraient pas de survivre. Pour toutes, les valorisations s’envolent vers le ciel, et les investisseurs qui prennent le train en marche après l’IPO ont l’impression d’être des génies… jusqu’à ce que la musique s’arrête et que la valeur des titres chute brutalement. Je serai pour ma part très prudent quand il s’agira d’investir dans les secteurs dans lesquels les différents Vision Funds seront positionnés. Les particuliers ne sont pas armés pour lutter contre des fonds d’une telle ampleur.

Même au niveau de SoftBank, tout n’est pas net. Son s’est targué d’une rentabilité de +62 % en trois ans pour le Vision Fund alors que la plupart de ses actifs ne sont pas cotés. Durant cette période, il a multiplié les prises de position dans des startups logicielles à hauteur de plusieurs milliards de dollars, alors que ces sociétés sont justement censées être peu gourmandes en capital.

Tout ceci a un arrière-goût de bulle spéculative, et le fait que SoftBank incite ses employés à lui emprunter de l’argent (à hauteur de 20 Mds$ tout de même !) pour investir en nom propre dans le fonds ajoute à l’ensemble un air de montage pyramidal du plus mauvais effet.

Pour autant, la création du Vision Fund 2 (en attendant ses successeurs) est aussi porteuse de bonnes nouvelles. En tant que technophile, vous pouvez vous réjouir : de plus en plus d’entreprises considérées comme risquées pourront être largement financées. Tant que Son parviendra à lever autant d’argent, nous verrons naître des projets toujours plus ambitieux et même un peu fous.

Quel que soit l’avenir financier de ces montages, ils ont une capacité à faire avancer à marche forcée le monde de la tech qu’aucune vision comptable prudente n’aurait pu faire naître.

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