Accueil Energies et transports VTC : Uber, Lyft, Didi ? Qu’importe pour Masayoshi Son

VTC : Uber, Lyft, Didi ? Qu’importe pour Masayoshi Son

par Etienne Henri

La semaine dernière, la presse économique faisait ses gorges chaudes de l’IPO d’Uber (US90353T1007-UBER). La plus connue des applications de transport de personnes et de nourriture est entrée en Bourse et ne manquera pas de faire parler d’elle dans les prochains jours.

Nous pouvons d’ores et déjà dire que l’IPO ne s’est pas très bien passée. Elle clôturait hier soir à -17 % par rapport à son cours d’entrée. Reconnaissons que par un étrange alignement néfaste des planètes, l’IPO a eu lieu alors que la guerre commerciale sino-américaine connait un nouveau pic.

uber graphe bourse

Restons pudiquement à distance de cet événement très/trop médiatisé. Après tout, l’IPO d’Uber partage toutes les caractéristiques de celle de Lyft dont je vous parlais il y a quelques temps.

Entre une valorisation qui défie l’entendement (près de 80 Mds$ selon les dernières estimations, soit 175 fois celle d’Amazon lors de son IPO !), un business model à la limite de la légalité dans de nombreux pays et, malgré tout, des pertes considérables trimestre après trimestre, Uber est une sorte de Lyft sous stéroïdes. Inutile donc de s’appesantir sur cette introduction en Bourse qui n’a rien d’original et dont les aspects fondamentaux sont désormais connus de tous.

Concentrons-nous aujourd’hui sur une facette du dossier que peu d’analystes mettent en avant : ce que font les grosses mains – dont une en particulier – qui s’intéressent au marché des VTC.

Comme nous allons le voir, l’IPO d’Uber n’a aucune importance pour elles… pas plus que celle de Lyft d’ailleurs.

La bataille des VTC est désormais mondiale

Pour le commun des mortels (et nombre d’investisseurs particuliers), Lyft (US55087P1049-LYFT) est le concurrent le plus sérieux d’Uber. C’est pour cette raison que leur course à l’IPO a fait couler autant d’encre : la presse avait l’impression d’assister à un nouveau rebondissement de cette guerre fratricide et très médiatique.

La réalité est plus complexe.

La guerre pour la domination du marché des VTC n’a pas uniquement lieu en Amérique du Nord, patrie d’Uber et Lyft, mais sur toute la planète. Il existe pléthore d’acteurs dans le secteur du transport de personnes et de nourriture, et ce sur les cinq continents.

Pour les investisseurs sérieux, la question n’est pas de savoir qui, d’Uber ou de Lyft, triomphera, mais si ces deux licornes américaines existeront encore dans quelques années.

“Mon Dieu, gardez-moi de mes amis…”

La précarité de la situation de ces deux startups est criante lorsque l’on étudie la manière dont les grosses mains investissent sur le secteur des VTC. Softbank, dont nous vous parlons souvent dans ces colonnes, croit dur comme fer à l’essor de ce nouveau mode de déplacement. Le groupe y a déjà investi plus de 18 Mds$, et sa plus-value potentielle sur Uber se chiffre d’ores et déjà en milliards de dollars.

Malgré l’ampleur de cet investissement, le P-DG de Softbank ne cherche pas particulièrement à faire grandir son poulain et à s’assurer de sa victoire. Bien au contraire, Masayoshi Son multiplie les investissements dans des sociétés similaires. Didi (Chine), Grab (Asie du Sud-Est), et Ola (Inde) font toutes le même métier qu’Uber et ont déjà reçu des milliards de dollars de la part de Softbank.

La direction d’Uber doit donc composer avec cet actionnaire encombrant qui, non content de jouer des coudes auprès des actionnaires minoritaires pour maintenir sa position au capital, finance également ses principaux concurrents !

Petit à petit, toutes ces startups qui se croyaient rivales se retrouvent sous la coupe d’un propriétaire commun, peu intéressé à long terme par leur survie en tant qu’entités indépendantes.

L’avenir du VTC selon Masayoshi Son 

Que le meilleur gagne : dans tous les cas, Softbank en sera propriétaire !

Masayoshi Son étant par bien des aspects le Warren Buffett de l’investissement technologique, ses prises de position méritent d’être étudiées en profondeur.

Que voit-il pour l’avenir du VTC ?

De son propre aveu, l’avenir du secteur est imprévisible. Il est possible qu’une société finisse par s’imposer mondialement, mais le plus probable est que les spécificités culturelles locales finissent par faire émerger quelques leaders répartis sur les principales zones géographiques.

Softbank a donc pris le parti de saupoudrer ses investissements. Elle possède aujourd’hui des parts dans des entreprises qui assurent 90 % du transport de personnes par chauffeurs particuliers.

Que le meilleur gagne : dans tous les cas, Softbank en sera propriétaire !

Quelle leçon en tirer pour les investisseurs particuliers ?

Ceux qui souhaitent investir dans l’essor du VTC mériteraient de s’inspirer de Masayoshi Son. La guérilla médiatique que se livrent Uber et Lyft ne doit pas faire oublier que leur importance à l’échelle mondiale reste très relative.

Le temps n’est plus à la bipolarité. Les investisseurs n’ont pas à choisir entre Lyft et Uber comme ils pouvaient le faire, il fut un temps, entre Peugeot et Renault ou Apple et Microsoft.

Le gigantisme d’Uber n’est pas unique : il se murmure d’ailleurs que le Chinois Didi pourrait emboîter le pas aux Américains et réaliser sous peu une IPO avec valorisation proche des 80 Mds$.

Didi Chunxing vtc

Didi Chunxing s’était offert le forum de Davos en tant que société de VTC associée. Source : Didi Chunxing.

Pour les investisseurs avisés, l’objectif n’est plus de chercher à miser sur la pépite qui dominera le marché du VTC mais plutôt, à l’image de Softbank, d’investir sur l’ensemble du secteur en espérant qu’il maintiendra sa croissance et parviendra (enfin) à atteindre la rentabilité.

Les particuliers doivent garder cela à l’esprit lorsqu’ils lisent les analyses financières qui incitent à investir sur telle ou telle valeur du secteur, surtout si elle est présentée comme foncièrement différente de ses concurrents. Sur le marché du VTC, le stock-picking n’est pas encore de mise !

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