Accueil A la une Zoom, nid d’espions à la solde des Chinois ?

Zoom, nid d’espions à la solde des Chinois ?

par Edern Rio

C’est l’application qui cartonne depuis le début du confinement et, pour l’utiliser régulièrement depuis que nous sommes cloitrés, je dois dire qu’elle est effectivement très au point.

Optimisation de la bande passante, interface claire et intuitive, mise en scène des réunions avec ou sans vidéo efficace, capacité à rejoindre une visioconférence par téléphone, intégration dans les outils de collaboration à distance… l’utilisateur n’a pas grand-chose à redire de Zoom et on comprend aisément qu’elle taille des croupières au grand ancien Skype ou à ses multiples concurrents (dont Cisco Webex utilisé par nos services gouvernementaux).

Pourtant, victime de son succès, elle est depuis quelques jours sous le feu des critiques. Fuite de données vers Facebook, confidentialité très relative des conférences, Zoom bombing et surtout une nouvelle toute fraîche : le transit de données par la Chine.

Résultat, plusieurs grandes entreprises, dont Google et SpaceX, et gouvernements, dont les Etats-Unis, Taïwan, le Canada, ont banni son usage.

Le petit prince de la visioconférence

Fondé en 2011 par Eric Yuan, un ancien ingénieur de Cisco Webex, la jeune pousse de la visioconférence a bien grandi.

Sa réussite avait abouti en avril dernier à l’une des meilleures IPO de l’année 2019. L’entreprise avait ouvert son capital au prix de 36 $ l’action. Dès le premier jour de cotation, l’action valait 66 $ et elle enregistrait en juin des plus-hauts supérieurs à 100 $.

Ce succès est notamment dû au fait que, lors de son entrée en Bourse, Zoom était déjà légèrement rentable, alors que son chiffre d’affaires doublait tous les ans.

Projections de chiffre d’affaires de Zoom au 31 janvier 2020. Source : Zoom.

Zoom a deux atouts extraordinaires dans sa manche : son product-market fit exceptionnel – ce que prouve la croissance exceptionnelle de son nombre d’utilisateurs payants sur plusieurs années – et la tendance de fond du télétravail qui en est encore à ses débuts.

En outre, la maîtrise technologique des flux de vidéo, lui permet de lorgner du côté de la télémédecine ou d’autres secteurs amenés à se généraliser.

Le plus beau coup de Zoom a eu lieu début mars, lorsque le gouvernement des Etats-Unis a annoncé qu’il fermait les écoles pour endiguer l’épidémie de Covid-19. Zoom a alors déclaré qu’il offrait ses services pour assurer les cours à distance… En quelques jours, son nombre d’utilisateurs a bondi de 10 millions à plusieurs centaines de millions !

Las, à croire que les bonnes actions ne sont jamais récompensées. Depuis, les critiques s’accumulent, que ce soit au niveau de la sécurité ou du respect de la vie privée. Mais le pire est arrivé lundi dernier.

Un scenario à la Huawei ?

Un groupe de chercheurs américains a prouvé que des données de visioconférences transitaient par des serveurs chinois. C’est d’autant plus étonnant que l’Internet chinois est strictement coupé du reste du monde avec seulement quelques points d’entrée.

C’est un problème de taille car la loi chinoise est très claire. Si des données transitent sur son territoire, l’Etat a un droit de regard sur celles-ci, qu’elles soient cryptées ou non.

En ces temps de guerre technologique mâtinée d’épidémie, ce type d’informations est gravissime. C’est la raison principale pour laquelle toutes les agences gouvernementales du monde sont en train de bannir son usage.

Zoom a de nombreux liens avec la Chine. Son PDG y réside et une bonne partie de sa R&D y est basée. En vérité, comme de nombreuses entreprises technologiques, Zoom a pris le parti d’implanter sa R&D en Chine.

Il est peu probable que Zoom soit la Mata Hari de la visioconférence. En revanche, de la même manière que tout échange effectué en dollars expose à la loi américaine, toute donnée transitant par la Chine s’expose à une surveillance. C’est une obligation légale que les entreprises de la tech connaissent bien.

De même, il serait surprenant que Zoom, dont l’utilisation gratuite est massive, n’applique pas des algorithmes d’intelligence artificielle sur les vidéos qui transitent par ses serveurs et ne cherchent pas des moyens de monétiser son usage. Rien que de l’ordinaire de ce côté-là.

Les cris d’orfraies des derniers jours ne sont donc pas sans importance et devraient encourager les investisseurs à favoriser les concurrents les plus directs de Zoom ou à attendre que la poussière se dissipe pour ramasser l’action à prix cassé.

De nombreuses entreprises tech ont un pied en Californie et un autre en Chine. Mais cette situation autrefois ordinaire devient de plus en plus difficile à tenir. On ne peut à l’heure actuelle écarter un scénario à la Huawei pour le petit prince de la visioconférence.

Pour autant, le cours de l’action parvient actuellement à se maintenir à des niveaux stratosphériques.

Son price-to-sales est actuellement de 38, ce qui est absolument hors normes, même dans le secteur du software. Pour vous donner une idée, disons qu’un ratio de 3 est déjà très bon pour une entreprise en croissance. Amazon évolue environ à un niveau de 4 par exemple.

Pour Arthur Toce avec qui j’en ai discuté, l’entreprise vaudrait le coup entre 15 et 20 Mds$, soit un cours compris entre 55 $ et 75 $. Il m’a cependant précisé qu’il ne la voit pas repasser sous 90 $ avant un moment.

Et affectivement, alors que la semaine a été des plus agitées, Zoom Video Communications (US98980L1017 – NASDAQ:ZM) n’est pas repassé sous les 108 $. Dans le secteur de l’investissement, la patience est une vertu cardinale.

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