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Zoug, crypto-paradis importable en France ?

par Florian Darras
Crypto Valley

Connue entre autres pour son lac, sa tourte au kirsch et ses vergers de cerisiers, Zoug est une charmante petite bourgade helvète de 30 000 habitants, capitale du canton éponyme.

A la lecture de cette description, il est difficile d’imaginer que Zoug fait figure de véritable place forte de la finance suisse. Grâce à une situation géographique propice mais aussi grâce à une fiscalité légère et un environnement économique favorable, Zoug abriterait plus d’entreprises que d’âmes.

Dans le domaine des cryptomonnaies et de la blockchain, la zone a la réputation d’être une terre promise pour les startups de l’écosystème, grâce à un cadre juridique souple et des interlocuteurs politiques ouverts à la discussion sur ces technologies de pointe qui en effrayent tant d’autres…

Zoug, berceau de l’Ethereum et paradis des ICO

Historiquement, Zoug est le berceau de la première Initial coin offering (ICO) de l’Histoire, celle d’Ethereum, actuellement deuxième capitalisation du marché derrière le Bitcoin.

Historiquement, Zoug est le berceau de la première Initial coin offering (ICO) de l’Histoire.

En 2015, Vitalik Buterin, le jeune génie derrière ce fameux protocole open source et Joseph Lubin purent y créer la Fondation Ethereum et lever grâce à l’ICO, l’équivalent de 18 M$ en bitcoins.

Par la suite, l’Ethereum a largement contribué à participer à l’essor du marché des ICO grâce au standard ERC20 qui permet de déployer des actifs numériques très facilement sur sa blockchain.

Le succès d’Ethereum donne le LA aux développement d’autres ICO

Attirées par cette performance, de nombreuses entreprises ‘crypto’ ont mis les voiles vers la Suisse pour mener leur propre ICO.

Zoug a reçu des milliers de candidatures et accueilli plus de 500 projets, au-delà du seul secteur financier.

Zoug, et le plus large espace qu’est la “Crypto Valley” suisse, sont devenues des lieux incontournables pour les ICO.

Devant cet afflux de talents et de sociétés, le gendarme boursier suisse (Finma) a pris dès 2015 la décision de donner un cadre légal au secteur”, rapporte Raphaël Bloch dans le journal Les Echos, à la suite d’une expédition de terrain.

Zoug et l’Ethereum se vouent une reconnaissance réciproque. L’écosystème conciliant du canton a permis aux entrepreneurs de la crypto de deuxième génération de faire décoller leur projet et d’avoir une première structure juridique reconnue.

En retour, Zoug, et le plus large espace qu’est la “Crypto Valley” suisse, sont devenues des lieux incontournables pour les ICO.

Près d’un quart des levées de fonds par l’émission de cryptomonnaies y auraient vu le jour entre 2017 et 2018, comme celle Tezos (233 M$), de Lisk, de Bancor ou encore de Friendz… pour un total de près de 1 Md$ récoltés.

C’est donc tout un foisonnement d’entreprises touchant de près ou de loin aux cryptomonnaies qui a pu se développer dans la “Crypto Valley”, avec en corollaire une belle croissance des emplois dans le domaine.

Un accueil paradoxal

Ce qui fait le charme de la Suisse, c’est la forte culture libérale qui y règne. Contrairement à ses proches voisins européens, le pays a su prendre le train des cryptos en marche et se donne les moyens de ses ambitions pour s’ériger en “crypto-nation”.

Mais pour un pays dont la force économique réside principalement dans son industrie bancaire, accueillir en son sein des technologies décentralisées – qui entendent justement rompre pour la plupart avec ce modèle – peut apparaître paradoxal.

Prenons le Bitcoin par exemple, l’ambition de cette monnaie virtuelle acéphale est d’être universelle, d’outrepasser les frontières, d’être totalement transparente et sécurisée grâce à sa blockchain. En outre, elle vise à se passer de “tiers de confiance” comme les établissements bancaires pour mener à bien les transactions sur son réseau.

Toujours est-il que pour s’intégrer dans leur environnement, les startups doivent ouvrir des comptes bancaires et avoir recours à ces dernières.

Lors de la conférence qu’il donnait la semaine dernière dans les locaux de Coinhouse, Raphaël Bloch tempérait l’aspect paradisiaque de Zoug. En effet, les banques suisses restent encore peu enclines à collaborer avec les startups qui ont émergées.

Ce n’est pas le cas de toutes bien sûr. La Falcon Bank par exemple affiche une politique interne favorable aux cryptos. Ou tout récemment, Julius Baer a noué un partenariat avec SEBA Crypto AG, lui permettant comme l’indiquait la 3e plus grosse banque du pays dans son communiqué : “d’élargir sa gamme de services en proposant des solutions de stockage, de transaction et d’investissement pour les actifs numériques ».

Toutefois ces cas restent encore isolés et face à cette défiance, les jeunes pousses ont généralement recours à des banques du Liechtenstein – micro-pays éloigné d’à peine une centaine de kilomètres de la ville de Zoug – pour y ouvrir des comptes bancaires.

Alors, Zoug, paradis pour les cryptos ?

Zoug ne ressemblerait-il pas finalement davantage à un village gaulois qu’à un paradis pour crypto ?

Dans ce village, les signes d’adoption sont certes encourageants : de nombreuses boutiques acceptent les paiements en cryptos, les startups peuvent apporter des cryptomonnaies à leur capital, il existe des incubateurs, des espaces de coworking comme le Crypto Valley Lab et ses habitants expérimentent même le vote sur la blockchain

Pour autant, un certain nombre d’entreprises du secteur ne sont que des “boîtes aux lettres” qui s’y sont installées pour jouir de la souplesse juridique du canton et sa fiscalité agréable. En outre, nous l’avons vu, au niveau bancaire, la situation est encore mitigée.

Il ne faut donc pas imaginer la finance suisse en adepte des crypto-monnaies. Il y a encore du chemin à faire. La Suisse cherche de nouveaux “relais de croissance au-delà de la gestion de la fortune des ultra riches” précise le journaliste Raphaël Bloch. La stratégie des instances de règlementation est habile, elle consiste tout simplement à vivre avec son temps.

A l’image de la Suisse, qui est une confédération, autrement dit un pays dont la structure politique est décentralisée, les cryptomonnaies ont fait (pour la plupart) le vœu de mettre en place des réseaux décentralisés. L’analogie explique peut-être pourquoi la France, pays jacobin par excellence, est encore en retard dans le domaine.

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